« La nécessité de l'argent découle par conséquent de l'essence de la société productrice de marchandises, laquelle tire sa loi de l'échange des marchandises en tant que produits du temps de travail socialement nécessaire. Le caractère inconscient des rapports sociaux, leur établissement au moyen de l'échange des marchandises et la confirmation que cet établissement s'est fait d'une façon socialement juste, confirmation qui n'a lieu que dans le processus d'échange, quand le processus de la production est déjà passé et devenu inchangeable, tout cela signifie également l'anarchie du mode de production capitaliste. En ce sens, on peut dire également que la nécessité de procéder à l'échange au moyen de l'argent, par conséquent d'une matière elle-même précieuse, découle de l'anarchie de la société productrice de marchandises. »
« Le bénéfice de fondation n'est ni du brigandage, ni une indemnité, ni un salaire, mais une catégorie économique spéciale. Les 900 000 marks [pris en exemple] sont le produit de la transformation du capital rapportant un profit en capital portant intérêt (dividendes). Ils sont égaux à la différence entre le capital qui donne le taux de profit moyen et le capital qui rapporte l'intérêt moyen. C'est cette différence qui apparaît comme « bénéfice des fondateurs », source de gain qui découle uniquement de la transformation du capital rapportant du profit en capital porteur d'intérêt. Cette catégorie économique fait apparaître comme caduque la distinction établie par Marx entre le capitaliste qui prête du capital et se contente d'un intérêt, tandis que le capitaliste industriel empoche le profit d'entrepreneur. »
« Prenons une entreprise industrielle au capital de 1 million de marks. Supposons que le taux de profit moyen est de 15 %, le taux d'intérêt en vigueur de 5 %. L'entreprise donnera un profit de 150 000 marks. Mais cette somme de 150 000 marks, capitalisée en tant que revenu annuel à 5 % aura un prix de 3 millions de marks [...] Si l'on tient compte en outre des frais d'administration, tantièmes, etc. [...] on pourra distribuer 130 000 marks, qui donneront aux actionnaires un intérêt de 7 %. Le prix des actions sera alors de 1 900 000 marks en chiffres ronds. Mais, pour donner un profit de 150 000 marks, il ne faut qu'un capital de 1 million de marks, ce qui fait que 900 000 sont libres, et ces 900 000 marks sont le produit de la transformation du capital rapportant un profit en capital portant intérêt (dividendes). C'est cette différence qui apparaît comme "bénéfice des fondateurs", source de gain qui découle uniquement de la transformation du capital rapportant du profit en capital porteur d'intérêt. [...] Le bénéfice de fondation n'est ni du brigandage, ni une indemnité, ni un salaire, mais une catégorie économique spéciale. [...] Notre conception de la société par actions va plus loin que celle développée par Marx. En effet, Marx n'avait pas considéré le dividende comme une catégorie économique spéciale et avait ainsi laissé en dehors de son étude le bénéfice des fondateurs. [...] Dans les sociétés par actions la fonction est séparée de la propriété du capital, par conséquent aussi le travail complètement séparé de la propriété des moyens de production et du surtravail. »
« Le capital financier est le capital bancaire, par conséquent capital sous forme d'argent, qui est de cette manière transformé en réalité en capital industriel. Une partie de plus en plus grande du capital employé dans l'industrie est du capital financier, capital à la disposition des banques et employé par les industriels. Le capital financier s'accroît au fur et à mesure du développement du système des sociétés par actions et atteint son apogée avec la monopolisation de l'industrie. Le magnat du capital, le capitaliste financier, rassemble de plus en plus la disposition de l'ensemble du capital national sous forme de domination du capital bancaire. Un hégélien pourrait parler de négation de la négation : le capital bancaire était la négation du capital usuraire et lui-même à son tour est nié par le capital financier. Ce dernier est la synthèse du capital usuraire et du capital bancaire et s'approprie, à un niveau infiniment plus élevé du développement économique, les fruits de la production sociale. »
« Que les cartels suppriment les crises, c'est une fable des économistes bourgeois. Identifier la crise capitaliste tout simplement avec la surproduction de marchandises, c'est ne voir que la surface des choses. La surproduction pendant la crise n'est pas seulement surproduction de marchandises, mais surproduction de capital. Ce qui signifie que le capital est investi dans la production dans une mesure telle que ses conditions de mise en valeur sont entrées en contradiction avec ses conditions de réalisation. Les cartels ne suppriment donc pas les effets des crises ; ils les modifient seulement, dans la mesure où ils rejettent tout le poids de la crise sur les industries non cartellisées. Le cartel peut, pendant les premiers temps de la crise, maintenir le profit plus longtemps que les industries libres et aggraver pour celles-ci l'effet de la crise. »
« Les perturbations dans le règlement des prix qui mènent finalement aux rapports de disproportionnalité [...] ne sont pas atténuées, mais au contraire aggravées par les cartels. [...] Que les cartels maintiennent dans la période de prospérité leurs prix bas ; il n'y a pas alors augmentation du profit, pas d'accumulation accrue. Si les prix des industries cartellisées restaient bas, pendant que ceux des industries non cartellisées montaient, le capital quitterait l’industrie cartellisée et il y aurait bientôt surproduction de capital dans les industries non cartellisées [...] Le règlement partiel, c'est-à-dire le groupement d’une branche d’industrie en une seule entreprise, reste précisément sans effet sur les rapports de proportionnalité de l'industrie tout entière. [...] Les cartels ne suppriment donc pas les effets des crises. Ils les modifient seulement, dans la mesure où ils rejettent tout le poids de la crise sur les industries non cartellisées. [...] Le cartel peut également, pendant les premiers temps de la crise et de la dépression, maintenir le profit plus longtemps que les industries libres et aggraver pour celles-ci l'effet de la crise. [...] La réduction de la production signifie arrêt de tout nouveau placement de capital, et le maintien des prix élevés aggrave l'effet de la crise pour toutes les industries non cartellisées. »
« Avec le développement du système des primes, le protectionnisme a transformé complètement sa fonction. De moyen de défense contre la conquête du marché intérieur par les industries étrangères, il est devenu un moyen de conquête des marchés extérieurs par l'industrie nationale, d'arme défensive du faible une arme offensive du fort. Le protectionnisme assure un surprofit au monopole capitaliste pour la vente sur le marché intérieur. Ce surprofit à l'intérieur permet le dumping, c'est-à-dire d'aller concurrencer chez elles les industries rivales en vendant des produits sans profit, voire à perte. »
« Ce que veut le capital financier, ce n'est pas la liberté, mais la domination. L'idéal pacifique pâlit et l'idée de l'humanité est remplacée par l'idéal de la grandeur et de la puissance. L'idéal est d'assurer à sa propre nation la domination sur le monde, effort aussi illimité que la tendance au profit du capital dont il découle. L'idéologie raciste est ainsi une justification sous déguisement scientifique des ambitions du capital financier, qui s'efforce de prouver par là le caractère scientifique et la nécessité de son action. A l’idéal d’égalité démocratique s'est substitué un idéal oligarchique de domination. »
« Ce que veut le capital financier, ce n'est pas la liberté, mais la domination ; il n'a aucune compréhension pour l'indépendance du capitaliste individuel, mais il exige qu'il soit lié, il a horreur de l'anarchie de la concurrence et réclame l’organisation afin de pouvoir engager la lutte pour la concurrence à une échelle toujours plus élevée. [...] L'idéal est d'assurer à sa propre nation la domination sur le monde, effort aussi illimité que la tendance au profit du capital dont il découle. L'idéologie raciste est ainsi une justification sous déguisement scientifique des ambitions du capital financier [...] À l’idéal d’égalité démocratique s'est substitué un idéal oligarchique de domination. [...] L'impérialiste ne veut rien pour lui-même mais ce n'est pas pour autant un illusionniste et un rêveur [...] Il regarde avec des yeux durs et clairs la masse des peuples et voit dressée au-dessus d'eux sa propre nation. Elle est réelle et vit dans l'Etat puissant, de plus en plus puissant ; c'est à sa grandeur qu’il voue tous ses efforts. [...] La politique de force sans limite devient la revendication au capitalisme financier. »
« Le capital financier signifie en fait l'établissement du contrôle social sur la production. Mais il est socialisation sous une forme antagonique : le contrôle de la production sociale reste entre les mains d'une oligarchie. La fonction socialisante du capital financier facilite considérablement la suppression du capitalisme. Dès que le capital financier a mis sous son contrôle les principales branches de production, il suffit que la société s'empare du capital financier pour avoir immédiatement la disposition des principales branches de production. La prise de possession de six grandes banques berlinoises signifierait dès maintenant la prise de possession des principales branches de la grande industrie. La dictature des magnats du capital se transforme finalement en la dictature du prolétariat. »