Léna est arrivée deux ans plus tôt dans un petit village d'Inde, pour oublier le drame qui a torpillé sa vocation d'enseignante, partir, prendre le large s'était imposé comme une évidence, se perdre loin pour mieux se retrouver, oublier son quotidien, panser ses blessures. Un jour, elle aperçoit un cerf-volant, tenue par une enfant si frêle et menue qu'on dirait qu'elle va s'envoler, on dirait un oisillon tombé du nid. Lalita, une gamine muette d'à peine 10 ans, une orpheline, une gosse abandonnée, la fille d'une videuse de latrines et d'un chasseur de rats. Léna va alors se lancer dans un projet insensé, ouvrir une école pour tous ces enfants.


Dans ce magnifique roman, Laetitia Colombani, nous entraine en Inde, mais pas dans le pays connu des touristes avec ses temples majestueux, mais dans la face cachée de l'Inde. La circulation dense, les échoppes délabrées, les mendiants, la misère, le tumulte incessant, la détresse des enfants. Les castes, les Intouchables méprisés du reste de la population, qui les place tout en bas de l'échelle, à la périphérie de l'humanité. Ici, les petits travaillent comme leurs aînés, ils sont source de revenus. L'Inde est le plus grand marché de main-d'oeuvre enfantine au monde. Les filles sont les premières victimes de ce travail forcé. le viol, sport national. le droit des femmes et des enfants est bafoué. La malnutrition qui frappe un enfant sur deux. Les mariages et les grossesses précoces. Naître fille ici est une malédiction. La situation des femmes en Inde apparaît dans ce livre dans toute sa cruauté et plus particulièrement, celle des femmes de la caste des Intouchables.


Laetitia nous dresse le portrait d'une femme fragile, sa vie est comme ce cerf-volant elle ne tient qu'à un fil. Pour Lalita et tous ces enfants, Léna va devenir une combattante, une guerrière, elle va se heurter à un mur : les méandres de l'administration indienne gangrénée par la corruption, mais elle n'abandonne pas, elle essaye de convaincre les parents, lutter contre les préjugés, se battre pour récolter des fonds, une femme pleine de persévérance et de volonté. Léna va sans cesse faire preuve d'inventivité et s'adapter.


Une fois de plus, Laetitia Colombani nous livre un récit lumineux, porté par une belle écriture fluide et douce, un roman rempli d'espérance, un moment de lecture intense. Ce cerf-volant qui part du sol pour monter dans les airs, défiant les lois de la gravité, symbole de ces enfants, nés dans la misère, qui ne pourront s'élever que par l'éducation. Les beaux romans ne peuvent être écrits que par de belles personnes et assurément Laetitia Colombani est une belle personne.

Yves-Montmartin
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le 9 juin 2021

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Yves MONTMARTIN

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