C'est aux précieuses éditions Agullo que l'on doit, entre autres, la découverte de Jurica Pavičić avec L'eau rouge, en 2021. Défricheur des pays d'Europe centrale et orientale, elles ont cette fois déniché un romancier voisin géographiquement de l'auteur croate en la personne de Oto Oltvanji, originaire de Serbie. Le champ de méduses est un polar relevé comme une eau-de-vie locale, amertume comprise, et se caractérise par une intrigue complexe, aux nombreux personnages, qui se déploie sur trois temporalités, en remontant jusqu'à quarante ans en arrière, avec le fantôme de la Yougoslavie en suspens, avant la plongée vers un capitalisme sans états d'âme. C'est l'histoire d'une double disparition, celle d'une mère puis d'une fille, d'une enquête qui progresse en zigzag, et dans laquelle, loin de Belgrade, la source du mal semble se trouver à Rovinj, ville éminemment touristique, dans la belle province d'Istrie, aujourd'hui en territoire croate. Mais si l'intrigue est parfaitement troussée avec ses histoires perverses de famille et de pouvoir, au sein d'élites aux méthodes amorales, c'est peut-être bien le personnage principal, un journaliste reconverti en détective et surnommé "le Sceptique" qui captive le plus avec son allure dégingandée, son goût pour les vinyles, sa lucidité profonde teintée de mélancolie et son humanité profonde. Le genre de personnages que l'on retrouverait avec un grand plaisir si l'occasion se présentait à nouveau.