Le Choix de Sophie c'est l'histoire de Stingo, encore puceau à 20/22 ans qui rêve de tirer son coup. Rassurez vous, après de multiples échecs, ce salaud finit l'envoyer la sauce ???? ????. Fin.
Si l'on se borne uniquement à l'histoire du narrateur, je pourrai la résumer ainsi. Mais "Le Choix de Sophie" comprend d'autres personnages et évidemment ces personnages ont leurs propres histoires, qui auront une influence sur le personnage de Stingo. Qui je me le demande ne serait pas aussi l'auteur (William Styron) ????, lorsque Stingo évoque son désir d'écrire un roman traitant de Nat Turner. Malgré que ce roman "Les confession de Nat Turner" (que je n'ai pas lu) soit sorti avant "Le Choix de Sophie. Fin de la digression.


Quoi qu'il en soit, j'ai abordé ce pavé (900 pages environ), en me disant "putain ça sent le bouquin à l'eau de rose, dégoulinant de nobles sentiment et d'amour impossible. Une sorte de triangle amoureux.
Quelque part, c'est un peu ça. Nous découvrons le jeune Stingo travaillant dans une maison d'édition et qui a pour tâche de proposer un résumé des manuscrits reçus, afin que ses supérieurs puissent émettre un avis sur la publication ou la non publication de ces manuscrits.
Ce jeune homme raconte donc son arrivée à New-York, alors qu'il a débarqué de la Caroline du Sud. Ce dernier finira par se faire virer de son travail et trouvera refuge, suite à son déménagement au "palais rose" où il rencontrera Sophie et Nathan (le gros de l'histoire).


L'oeuvre tourne donc autour de ce "triangle amoureux" sorte de ménage à trois ou Stingo est à la fois l'ami et le spectateur de la relation du coupe Sophie et Nathan.
Alors bon là, la plupart ont déjà décroché et je comprends, car ce genre de synopsis on nous le ressert, comme la dinde que tantine nous a fait à Noël dernier.
Sauf que non ! Cette fois-ci tantine, ici William Styron, s'est mis aux fourneaux et nous sert une recette améliorée et plein d'accompagnements qui vont avec. Hourra ! ????
Car la première chose, m'a frappé c'est le registre familier de Stingo, il évoque son désespoir d'un jour tirer sa crampe, mate sa voisine comme un dique-sa et se fait des scénarios lubriques. Lors du prélude de l'oeuvre. Et franchement c'est à mourir de rire ! ????
Personnellement, j'ai du me marrer tout seul tout le long de cette introduction avec le narrateur. Son passage à la maison d'édition est à se pisser dessus. Sincèrement, j'ai rarement autant ri ! Certes c'est mon humour, mais l'auteur et le traducteur Maurice Rambaud, ne s'est pas privé pour rendre, ce que j'imagine être, le style littéraire de l'oeuvre originale.
Et je pense, que toute la force de cette œuvre se situe ici, dans cette capacité de l'auteur à jongler dans entre les registres : comique, tragique et dramatique. Qui pourrait, selon moi correspondre (dans l'ordre) à Stingo, Sophie et Nathan.
L'auteur ne maîtrise pas uniquement cette transition de registres, mais aussi les passages entre le passé et le présent, les souvenirs et l'instant présent. (Un présent déjà acté, car Stingo retrace les événements qui se déroulent sur un été). Mais aussi le l'euphorie et l'horreur, la fiction et la réalité.
Car plus nous avançons, dans l'intrigue et plus les personnages se dévoilent. Notamment le personnage de Sophie, qui est à la fois le sujet et l'intrigue du roman, du moins, son passé est l'intrigue du roman. Un passé que Nathan tente de percer à jour, mais qui ne se dévoilera qu'à Stingo.
Je ne pense pas vous spoiler en vous disant, que l'événement passé, qui prend une grand place dans le roman est son existence dans le camp concentrationnaire de Auschwitz.
Une existence, qui se découvrira petit à petit au court du roman. En fonction de la capacité de Sophie à se remémorer ces événements traumatisants.
Et qui seront distillé au fur et mesure de l'histoire sur des durées plus ou moins longues.
Heureusement, William Styron a réussi ce tour de force, de réussir à imbriquer plusieurs intrigues dans le roman, qui permettent à l'oeuvre et le lecteur de "respirer", car les plongées dans les souvenirs de Sophie sont comme s'immerger en apnée dans un océan à la fois hostile, profond et silencieux.
Ces moments de "respiration" arrivent souvent au bon moment, malgré quelques longueurs. Je pense ici au passage dans le bureau de Höss (le directeur du camp). Et nous retrouvons les frasques de Stingo ou de son père, qui nous forcent à sourire et parfois même à rire.
Car la pire erreur, aurait été que le roman tombe, dans le larmoyant. Ici, l'auteur n'en fait pas des caisses et n'use pas de superlatifs pour décrire l'horreur du quotidien des prisonniers du camp. Nous restons à échelle d'Homme et la guerre ne sert que de contexte.
Et la encore, c'est ce qui fait toute la force de cette œuvre. C'est la capacité qu'a eu l'auteur de rédiger une œuvre fictive, dans un contexte et un univers réaliste. Il n'hésite pas à faire référence à des livres qui ont été publiés à cette époque, ce qui nous permet aussi de découvrir et approfondir nos connaissances sur des auteurs ou des thèmes abordés.
Je fais référence ici au livre : Le commandant d'Auschwitz parle de Rudolf Hoess, qui est un personnage du roman.
A vrai dire, cet usage de romans et de personnages ayant réellement existé ferait passer "Le choix de Sophie" pour une biographie.
Car les descriptions sur le quotidien des prisonniers, des victimes de la guerre, les méthodes de sélection des nazis pour savoir qui vivra ou non sont criant de réalisme. On peut difficilement imaginer, qu'il aurait pu en entre autrement et je pense que l'auteur ses particulièrement renseigné sur le sujet pour dépeindre cette période horrifique de manière si réaliste.
On y aborde différents thèmes, notamment la mentalité des nazis, qui sont ces hommes ? Comment font-ils pour faire ce qu'ils font ?
Mais aussi le rapport à Dieu durant cette période de l'Histoire.
Cette œuvre, demande quand même à réfléchir sur la nature humaine, nos conditionnements et ce qui nous différencie de la bête, que nous sommes et qui peut ressortir à chaque instant.
Car ce dernier aspect est aussi présent chez Nathan. Je ne spoilerai pas, mais pouvons y voir un questionnement sur ce qu'est la folie et cette "bête" qui sommeil en nous.
Si je vais un peu plus loin, j'irai jusqu'à parler d'un questionnement sur la condition humaine.
Qui, toujours selon moi, prend tout son sens à notre époque ou nous jouissons de beaucoup de libertés dans notre société, ne manquons de rien, si ce n'est de but et de cœur. Et d'autant plus au regard des multiples contestations qui égrènent notre pays.
Cependant, pour en revenir à l'oeuvre, nous pouvons aussi constater une certaine fatalité, que nous prouvons retrouver dans les tragédies grecques. Et comme je l'ai dit auparavant, que nous retrouvons chez Sophie, qui semble liée à son Destin depuis sa plus tendre enfance. Ce qui peut aussi nous amener à nous demander si nous sommes conditionnées à répondre à un "algorithme" qui dirige tout au long de notre vie ou si nous pouvons nous affranchir, afin d'écrire notre propre histoire ?
Car le dernier quart je dirai, c'est surtout Sophie, qui est mise en avant à travers de multiples rebondissements.
Ces rebondissements dynamisent et ponctuent régulièrement l'oeuvre, ce qui permet de donner une autre envergure à l'oeuvre mais aussi aux enjeux présents dans le livre.
J'ai volontairement occulté certains aspects du livre pour ne pas gâcher les effets de surprise, dont regorge le livre. Un livre vraiment passionnant, malgré quelques longueurs, par moment mais qui regorge de rebondissements et de révélations.
Par contre, je ne pense pas le relire.

MarcSwindler
7
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le 12 nov. 2019

Critique lue 524 fois

Marc Swindler

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