Le Cinquième Éléphant… ne traite pas vraiment dudit pachyderme. Ou si peu.
Après 4 tomes centrés sur Ankh Morpork, l’équipe de choc du Guet se retrouve propulsée à l’autre bout du disque-monde, en Uberwald, où un roi nain s’apprête à être couronné, avec ce que cela comprend de complots ourdis et de mystères.
Samuel Vimaire, lui, ne goûte que peu à la comploterie. S’il est là, c’est avant tout pour mettre les méchants sous les verrous, quoiqu’il en coûte. Et si ça lui permet de botter des arrières-trains par la même occasion, c’est toujours ça de gagné. Mais cette fois, point de techniques de flic. Sam représente la loi de son pays. Il est Ankh-Morpork.
Heureusement pour lui, il peut compter sur un mystérieux membre de la guilde des assassins, un Détritus plus en forme que jamais, et sur sa chère Sybil Ramkin, qui peut ici déployer toute sa panoplie mondaine.
Diplomatie et faux-semblants sont donc au menu de cette nouvelle aventure, qui met un certain temps à démarrer. On assiste dans les premières dizaines de pages à une enquête alambiquée sur des scones et des préservatifs (oui, vraiment) et l’intrigue peine à décoller.
Mais comme souvent dans les tomes du Guet, une fois Sam Vimaire lancé sur le devant de la scène, difficile de poser le bouquin. Les péripéties dans le pays d’Uberwald sont géniales, dignes des meilleurs films à suspense. Les images marquantes se succèdent - parmi lesquelles une étouffante course-poursuite dans la neige qui aurait toute sa place dans un James Bond.
Samuel Vimaire est encore une fois à l’honneur. On vit avec lui, on a peur pour lui. Chaque page écrite de son point de vue est un trésor d’ingéniosité. C’est un flic bourru, bougon, irascible. Tellement réel.
Le Cinquième Éléphant peine à rompre la formule des romans du Guet, malgré sa localisation unique. L’intrigue met du temps à se mettre en place, les références fusent sans que le lecteur y trouve à chaque fois son compte (la signification du scone de pierre m’a échappé la majeure partie du bouquin, jusqu’à ce que je googlise la référence), et le ventre-mou de l’histoire traîne en longueur (le trajet de Vimaire jusqu’en Uberwald).
Mais passé la moitié, le rythme s’accélère pour ne jamais retomber, avec des retournements de situation en pagaille, un vilain parfaitement détestable, et un Sam Vimaire plus badass que jamais. Au final, c’est peut-être l’un des Pratchett les plus marquants ; les images qu’il génère chez le lecteur sont difficilement oubliables.
Fermer un tome du Disque-Monde est toujours une épreuve pour moi, parce que je peine à retrouver ces sensations ailleurs que chez Pratchett. Mais je sais aussi qu’il me reste une pelletée de tomes à lire.
Maintenant que je suis assez avancé dans le Disque-Monde, je sais qu’il m’accompagnera sans doute le reste de ma vie. Son héritage est précieux. J’ai si hâte découvrir la suite.