Quel livre !

Dantès, le bon gars, la belle vie. Honnête, droit, beau, fiancé à une jolie catalane, et promu à un bel avenir. Forcément ça attise les jalousies. Des jalousies qui vont briser son existence. Le parfait héros de 20 ans va finir à la prison du château d'If, pendant de longues années. Le temps de s'endurcir, de devenir un autre homme, de voir s'enfler sa soif de vengeance, et de s'enrichir.
Je n'expliquerais pas plus les détails, Dumas parvient tellement bien à faire filer son histoire que le moins on en sait, le mieux on est happé.

Et quelle histoire !
Des tas de gens mêlés, qui se croisent, se séparent, s'aiment, se méfient. Au cœur d'une communauté de nantis parisiens, Dantès, sous de multiples personnalités dont celle de Monte Cristo, va tisser sa toile, lentement mais sûrement. Il enfermera ses ennemis dans ses filets, refermera l'étau, les étouffera, les brisera.
Quand on lit ce livre, on sait, parce qu'on y croit, parce qu'on a foi en lui, que Monte Cristo va parvenir à ses fins. Et on suit pas à pas, la construction méticuleuse, fine, toute imbriquée de tas d'éléments, de sa vengeance.

Ce qu'il y a de très ingénieux dans l'écriture de Dumas, c'est que tout le début du livre, l'enfermement de Dantès, seul (ou presque) à penser, nous sommes dans sa tête, collé à ses pensées. Puis dès qu'il s'échappe, qu'il passe à l'action, le regard du lecteur est vraiment placé en spectateur, Dumas ne nous permet plus de plonger dans les pensées du héros, de savoir ses réflexions. Au départ, j'ai même trouvé ça frustrant, on ne sait presque pas plus ce qu'il ressent que les autres protagonistes du roman. Et Monte Cristo est un vrai mystère (il sourit peu, parle peu, sa présence est imposante de finesse, de pâleur, de maîtrise de soi). Mais ce manque de lectrice que j'ai éprouvé à être tenue à distance m'a aussi permis de me plonger dans les actions, de m'imprégner de l'atmosphère, de faire partie de ce microcosme parisien. De suivre pas à pas les avancées, de chercher à démêler les indices, les fautes, à déceler les manigances. Dumas parvient à faire du lecteur une des personne de son entourage.

Je trouve qu'il a aussi la force de ne pas s'étirer en longues descriptions, en peu de mots il pose les décors. C'est très visible, et en même temps très succinct ce qui permet de se construire ses propres univers et impliquant d'autant plus le lecteur dans l'histoire.

Le fond de la vengeance, de la Providence, de la Destinée, c'est juste ce qu'il faut de moteur et de ligne directrice inaltérable sans tomber dans des travers chrétien et mystique qui pourrait rendre l'histoire poussiéreuse et désuète, voir incompréhensible pour un lecteur du 21ème siècle athée ou agnostique. Dumas ne fait pas trop dans les bondieuseries, mais j'aime la façon dont il rend Dieu présent, omniprésent, comme celui qui joue de la destinée des hommes sans s'en mêler. Et on comprend aisément que Monte Cristo soit souvent comparé à ce Dieu. Lui-même présence étrange, mystérieuse, qui semble tout savoir, tout connaître, être surpuissant, et amener les hommes à leur destin sans qu'il n'agisse personnellement.

Les personnages sont tous très bien marqués, en lecteur on se sent proche d'eux, les croisant à des soirées, zieutant les couples qui se forment à l'opéra, blablatant dans une calèche sur les malheurs et les bonheurs des uns et des autres.
Dumas ne s’embarrassent pas beaucoup du Pardon, et se facilite les choses dans un manichéisme confortable mais crédible : les pourritures assoiffés d'argent et de gloire le reste jusqu'au bout, les lâches s'évanouissent lorsqu'ils sont découverts, les vertueux osent prendre les pistolets pour réclamer duel et justice, les amoureux se jurent fidélité et s'aiment pour toujours.
C'est beau, plein de romantisme, de fièvre, d'héroïsme.
C'est moche, plein de perversité, de manipulation, de mensonges, d'avarice.
Et on suit tous les personnages, on veut savoir où va les conduire leur comportement et leur âme, on est heureux de voir les méchants punis et on sourit quand les amoureux s'embrassent.

Ce livre de Dumas est prenant, du début à la fin. Peut-être un tout petit peu de longueur parce qu'il arrive que les gens en fassent des tonnes de palabre avant d'accepter de s'en prendre plein la poire, mais c'est l'époque des grands discours et des belles blablateries. Et franchement, c'est presque jouissif quand les personnages se plaignent, de savoir que de toute façon rien ne les sauvera. (C'est un chouia sadique comme livre).

Je suis Ravie !
Queenie
9
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le 14 juil. 2013

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Queenie

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