- Éditions lues (en deux tomes) : publiées en mars 2024 aux éditions Points. EAN : 9791041416646 pour le premier. EAN : 9791041416653 pour le second.
Résumé
Bien que divertissant, la qualité de l'ouvrage est grandement diminuée par ses longueurs, ses refrains religieux et l'embarrassante relation Edmond - Haydée.
Détails (et spoilers)
D'emblée, Alexandre Dumas sait nous captiver par cette terrible injustice qui accable ce brave Edmond. L'empathie est immédiate et les premières pages sont tout à fait réussies. Tristement, l'auteur va peu à peu tirer sur la corde et s'engouffrer dans une myriade de points de vues qui lassent quelque peu, d'autant que l'écriture semble être pensée pour étirer ce qui était alors un roman-feuilleton.
En témoigne des dialogues théâtraux parfois proches du ridicule où les personnages répètent naïvement la question qu'ils viennent de se voir adresser. Ce procédé revient à plusieurs reprises et il me parait assez symbolique des longueurs qui plombent le récit. Cela étant, si l'on dépasse ces scories, Le Comte de Monte-Cristo possède un squelette narratif tout à fait intéressant et on peut reconnaitre au natif de Villers-Cotterêts un sens aiguisé de l'architecture littéraire. Loin d'être banale, la vengeance d'Edmond se fera grandiose et étagée, si bien que le derniers tiers du livre prend la forme d'une double démonstration : celle d'un vengeur protéiforme et d'un écrivain ingénieux. Il est toutefois dommage que l'on voit trop aisément venir les péripéties et qu'il n'y ait guère de surprise dans les soubresauts narratifs. Je ne suis pourtant pas du genre à tout anticiper loin de là, mais les ficelles sont trop évidentes pour ne pas a minima les soupçonner.
Enfin, si les ultimes chapitres consacrent de belles réflexions sur les doutes qui frappent le Comte et les liens inextricables entre la sincère félicité et le plus profond malheur, ils ne font pas oublier la moraline religieuse qui parsème les centaines de pages de ce pavé du XIXe qui n'a pas la profondeur politique de certains ouvrages de son époque. De plus, alors que le couple Valentine -Maximilien est assez touchant, il est assez dérangeant de voir Alexandre Dumas faire d'Haydée une esclave dévouée à Edmond et dont l'amour est teinté de ce que l'on pourrait rapprocher de sentiments incestueux.
6,25/10.