Livre excellent, qui sublime le premier et propose un dénouement de très grande qualité à toutes les intrigues nouées auparavant. Dumas a réussi le rare exploit de proposer une intrigue vaste, ambitieuse et tentaculaire, sans jamais donner l'impression au lecteur d'un livre trop long.
Cette deuxième partie d'histoire accentue les messages de la première, d'une façon qui nous fait comprendre que, malgré sa lente préparation, le Comte a besoin d'être rassuré quand à la justice de son action. La question de la Providence, citée plusieurs fois dans le livre, amène le lecteur à s'interroger sur le personnage, voire à adopter un point de vue similaire à l'entourage de Monte-Cristo, c'est-à-dire une attitude de respect et d'effroi devant cet homme qui, décidément, semble être le bras armé de Dieu sur terre, alors même que nous en avons vécu la montée, loin d'être aussi reluisante.
J'ai trouvé l'écriture de Dumas particulièrement juste et intéressante sur les questionnements des divers personnages, qui, petit à petit, finissent par voir le masque tomber, et comprendre qu'il existe quelqu'un d'autre derrière le comte de Monte-Cristo. La myriade d'émotions et de sentiments qui transparaissent lors de la révélation est particulièrement poignante, et jouissive pour le lecteur. Ce tome est ponctué de plusieurs points d'orgues d'intrigues qui se sont jouées sur des milliers de pages. Chacun d'eux a été un véritable plaisir à lire et à vivre en même temps que les personnages, qui, à l'exception de Monte-Cristo, ne se doutaient de rien.
Un mot sur la fin:
J'ai trouvé le retour au Château d'If, et le Happy ending qui s'ensuit, absolument parfait. Une sorte de nouvelle visite des enfers, pour que Dantès puisse se rappeler d'où il vient, et accepter son appel au Paradis, malgré les erreurs qu'il a pu commettre le long de son existence. Cette visite survient à un moment de doute, alors qu'il a condamné Mercédès à une vie bien plus humble que ce qu'elle vivait jusque-là, et Albert à un exil en Afrique pour redorer son blason, lui qui, d'ailleurs, a appris la vérité auprès de sa mère et a vu le nom de son père traîné dans la boue sous ses yeux. Cette visite permet à Monte-Cristo de se rappeler que sa cause est juste, et la providence dissipe tous ses doutes par le biais d'un garde qui a conservé les écrits de l'abbé Faria. C'est très théâtral, mais je pense que cela sied parfaitement à ce livre, qui à bien des moments a pris l'allure d'un conte de fées. Puis, cela rend l'intention d'écriture de Dumas tout à fait évidente: Dantès était dans le vrai, car il a cherché à corriger la décadence morale du Paris de son époque, dans lequel un traître siège à la Chambre, un scélérat est procureur du roi, et un intrigant déshonoré est un banquier puissant et respecté. Le déshonneur de ces hommes est puni, leurs torts sont vengés, et Dieu n'a pas oublié l'Homme. C'est un message d'espoir et de bonheur, parfaitement ponctué par les derniers mots du livre: "Attendre et espérer".
Cette lecture a été un véritable plaisir, et je remercie le film de 2024 de m'avoir donné envie de m'y adonner. Maintenant que j'ai lu l'oeuvre originale, je dois dire que le film, en sautant des points d'intrigues cruciaux, n'a pas réussi à parfaitement saisir l'essence de l'oeuvre. Mais il a fait le plus important, à savoir être un film de qualité, et donner envie de lire l'oeuvre originale. A cet égard, je dis merci au réalisateur.