« Le coup de lune » (1933) est le 21e roman (sur 192), écrit, à 30 ans, à Marsilly (Charente-Maritime), par Georges Simenon (1903-1989). C’est le 4e de ses « romans durs » (sur 117, c’est-à-dire sans Maigret, héros de 75 autres romans). Il a fait l’objet d’une adaptation cinématographique, « Equateur » (1983) par Serge Gainsbourg (1928-1991), avec Francis Huster et Barbara Sukowa et d’une adaptation télévisuelle espagnole, « Adela » (1999) par Eduardo Mignogna. Georges Simenon, qui a voyagé en Afrique en 1932, décrit une ambiance poisseuse, sous un climat équatorial, au Gabon [colonie française depuis 1886 et qui devint une colonie distincte du Congo Français, en 1906, eux-mêmes intégrés dans l’Afrique Equatoriale Française (A.E.F.) en 1910], au racisme diffus. Le roman est postérieur au récit de voyage (avec escale à Libreville) en Afrique Equatoriale Française d’André Gide (1869-1951), « Voyage au Congo » (1927), en compagnie du cinéaste Marc Allégret (1900-1973), qui lui aussi, décrivit le colonialisme français en Afrique. Comme souvent, Simenon raconte la rencontre improbable de 2 êtres seuls, Adèle Renaud, 35 ans, pleine de sensualité, patronne de l’hôtel Central à Libreville, au mari gravement malade et condamné, et Joseph Timar, jeune blanc-bec (23 ans) de métropole (natif de La Rochelle), qui débarque en Afrique, embauché, sur recommandation de son oncle Gaston, conseiller général de Charente, par la Sacova, pour un poste en pleine forêt. Il n’écoute personne, n’en faisant qu’à sa tête et qui devint, finalement, fou [répétant à l’envi, « ça n’existe pas », comme s’il avait reçu un coup de lune (équivalent du coup de soleil mais la nuit)]. C’est un roman froid sur le colonialisme, au racisme latent, reposant sur une hiérarchie des classes sociales qui instaure un système proche des castes. Timar a une sensation d’éloignement mais aussi d’inutilité (« de lutter contre le soleil, de prendre de la quinine, de vivre et de mourir pour être enterré au cimetière de Libreville »). Cela rappelle l'ambiance du film « Tondelayo » (« White cargo ») (1942) de Richard Thorpe, où une métisse (Hedy Lamarr) bouleversait une communauté britannique en Afrique au début du XXe s.