Voilà un essai difficile à noter !...
D'un côté, et c'est une très bonne chose, c'est l'un des rares livres de cette mouvance néo-féministe à essayer d'objectiver les faits de la "domination masculine" - en faisant l'effort de quantifier plutôt que de bullshiter de la sociologie de comptoir d'inspiration bourdieusienne -, en relevant tous les comportements à risque ou violents liés à une certaine culture masculine, et à en tenter une synthèse économique : surreprésentation masculine dans le crime, les accidents, les vols, les viols, etc... L'objectif est somme toute modeste - purement économique, presque comptable, et se limite à la France (d'ailleurs une comparaison avec d'autres pays, occidentaux ou autres, manque un peu). Mais il a le mérite d'être clair et assumé. Et les calculs ont le bon goût, dans l'ensemble, d'être plutôt solides. Au total, on arrive à près de 100 Mds €. 4% du PIB. Quoi ! Plus que le déficit public moyen français...
De l'autre côté, on n'échappe pas aux généralisations, aux raccourcis faciles, et à un exercice un peu à sens unique.
L'autrice cite par exemple les chiffres par sexe de maltraitance infantile, qui montrent une surreprésentation des femmes dans ce type d'abus, mais ne les met pas au crédit des hommes dans son calcul. Quand même, le constat objectif est suffisamment accablant pour les hommes, pas besoin de tricher... Et d'ailleurs, il suffit avec un peu de volonté et de mauvais esprit pour trouver des cas où l'impact de la virilité pourrait être positif: tiens, les hommes meurent de façon anticipée, donc coûtent moins chers au titre des retraites... Ils ne prennent pas de congés parentaux, donc font tourner l'économie, etc., etc.
Je ne dis pas que ça rééquilibrerait la balance - on en serait probablement bien loin -, mais c'est dommage pour la crédibilité du livre de ne pas faire le compte quand ça arrange moins le propos a priori.
Autre chose qui m'a fait tiquer : sur l'origine des différences entre hommes et femmes, elle s'aventure dans un truc assez limite, affirmant que les hommes auraient sélectionné des femmes au physique plus faible lors du néolithique, parce qu'au paléolithique, il parait que les femmes étaient aussi fortes et grandes que les mecs... Ce qui ressemble quand même fort à un mythe du péché originel, facilement réfutable avec tous les travaux contemporains d'anthropologie pourtant... C'est pas comme si encore en 2021, il n'y avait pas des centaines ou des milliers de tribus vivant en chasseurs-cueilleurs... Le néolithique, c'est quand même très récent et très localisé à l'échelle du peuplement d'homo sapiens, et il semble très, très gros que tout ait changé il y a moins de 10 000 ans, voire beaucoup, beaucoup moins dans certaines cultures... Du pur dogme, en somme.
Donc on sent bien que derrière cet exemple, le but de l'autrice est de montrer que tout est construit, tout est social, bref, que la domination de l'homme sur la femme est le grand péché de la civilisation, et pour pouvoir dire qu'avec un peu d'éducation, on peut tout changer. Mais on se serait passé d'un argument si pauvre et si peu sourcé... Alors qu'il n'y a absolument pas besoin de tout ça pour questionner d'un point de vue éthique la "masculinité toxique"... Heureusement cette digression pseudo-scientifique ne représente pas le coeur du bouquin ni le propos central, mais il montre bien que pour alimenter le bucher de la virilité, certain(e)s font feu de tout bois.
Plus sérieusement, et au delà du fond, il y a comme souvent un problème de définition, qui pousse au malentendu... La "virilité", au sens où l'entend l'autrice, c'est vraiment très large, à tel point que le livre aurait pu aussi bien s'appeler "le coût de la domination"... Donc c'est bien surtout de cette "virilité" en tant que cette culture de compétition, de violence, de domination que ce livre traite.
L'autrice conclut, en bonne féministe idéaliste, par le rêve millénariste d'un monde où les hommes se conduiraient comme des femmes (ben oui, tout est construit, donc tout doit êtreet peut être déconstruit...), c'est-à-dire avec empathie, humilité, un monde où le crime et les guerres auront disparu... Douce utopie !
Donc il y a du vrai et du factuel dans le coeur du bouquin, mais pour les parties d'intro - les origines de la virilité - et de conclusion, c'est la tarte à la crème habituelle des déclinaisons militantes de la pensée post moderne.
(Je ne me suis pas trop cassé la tête : ceci est la reprise dans l'ensemble d'un commentaire envoyé à Polobreitner)