Etats-Unis, dans un futur proche. le système carcéral a été privatisé, et les exécutions capitales sont devenues un spectacle qui rapporte gros. Chaque condamné à mort ou à perpétuité peut choisir d'intégrer l'émission de télé-réalité Chain Gang All Stars. Le principe : les détenus doivent se battre à mort dans une arène, comme les gladiateurs dans la Rome antique. Comme eux également, ce sont des stars. Les combats sont filmés avec des « caméras intelligentes auto-aéropropulsées, plongeant au cœur de la castagne, évitant ainsi à des êtres humains de se taper le sale boulot. » (p. 15) En dehors des combats, les maillons (les combattants, qui font partie d'une équipe appelée « chaine »), sont filmés dans leur vie quotidienne. Les deux émissions, intitulées « Chain gang all stars » (les combats) et Link Lyfe (La vie quotidienne) rencontrent un très grand succès. Si un maillon survit à trois ans de combats, il est « libéré par le haut ». La mort est appelée « libération par le bas. »
Deux combattantes sont au centre du roman : Loretta Thurwar et Hamara Hurricane Staxxx Stacker. A quelques jours d'être libérée par le haut, Loretta devra redoubler de vigilance pour survivre…
Quel roman ! Comme les spectateurs qui payent pour assister à la mise à mort des condamnés, on ne peut pas se défendre d'une certaine fascination pour les scènes de combat très violentes qui rythment le livre. Et on garde présente à l'esprit cette question on ne peut plus dérangeante : le système imaginé par Nana Kwame Adjei-Brenyah pourrait-il un jour devenir réalité ? L'auteur fait tout pour que nous ne puissions pas totalement écarter la réponse « oui ». En effet, de nombreuses notes de bas de page donnent des données chiffrées sur le système carcéral des Etats-Unis (taux de suicide, proportions d'hommes et femmes de couleurs incarcérés par rapport aux populations blanches, effet de l'isolement sur les détenus, …) La société décrite est certes plus avancée technologiquement que la nôtre mais rien ne paraît impossible. Par exemple, des implants magnétiques remplacent les menottes. Plus besoin de barreaux, pas d'évasion. Toutes les dérives sont autorisées au nom du profit. Les condamnés sont de la chair à canon et ont perdu toute humanité. En tout cas pour les organisateurs du jeu. Car l'auteur donne à voir plusieurs points de vue qui redonnent toute leur épaisseur aux condamnés : avant d'être des assassins ou des violeurs, ils étaient des individus lambda, dont la vie, un jour, a basculé. Les scènes d'entraînement, de marche, de vie de groupe, servent à les voir aimer, rire, avoir peur. Ils sont finalement beaucoup plus humains que les spectateurs qui se précipitent dans les stades pour les regarder mourir et qui sont complices de tout un système fait pour le profit de quelques privilégiés.
Très gros coup de cœur.