Et si Running Man de Stephen King avait été écrit par Colson Whitehead ou Toni Morrisson ?
Tandis qu'elle brandissait le marteau, sa compagne de route maniait la faux. Était-ce un hasard ou un symbole gravé dans la chair du monde ? Les chaînes se formaient, faites de maillons de chair et de rage, et je pensais aux esclaves, car ces mots s'appellent et se répondent, toujours. Plus brutal encore que le combat, c'est ce que murmure le roman de Nana Kwame Adjei-Brenyah : le système n'a jamais eu pour but d'arrêter la violence, il l'organise, la perfectionne, la rend rentable. L'exécution institutionnelle est devenue un marché. Les condamnés à mort s'affrontent. S'ils tuent, ils survivent. S'ils survivent, ils s'élèvent. Et plus ils montent en grade, plus les sponsors affluent, plus les points-de-sang coulent dans leurs mains. Avec, ils achètent un semblant d'humanité : un vêtement propre, un repas, une nuit de répit dans un lit confortable. L'ironie de ce système : tu n'as pas le droit de tuer… sauf si la mort est un business. Et tandis que les spectateurs se goinfrent de pop-corn. La vie n'est pas si précieuse, enfin de compte.
On s'attendrait à ce que les prisons soient des lieux de repentance, où les égarés auraient le temps de se réinventer, de redevenir des humains. Pour d'autres, on espérerait que la justice émerge, avec vérité, pour les innocents injustement emprisonnés qui pourraient voir leurs dossiers réexaminés, ou pour ceux qui se sont retrouvés là en légitime défense.
Et je rencontre des meurtriers qui deviennent attachant : Hendrix Singer sacrifiant un membre, pour que sa voix puisse s'élever, un chanteur rappelant le titre du roman de Maya Angelou. Dans un silence imposé, une violence bleue autour des poignets, des bracelets qui électrocutent les mots. Les oiseaux sacrifieraient-ils une aile pour pouvoir chanter ? Et Staxxx, qui n'a pas eu la justice qu'elle méritait. Elle parle d'amour dans un corps de tueuse. Et Simon J. Craft, âme broyée par la violence expérimentale des prisons. Et Loretta… Ah, Loretta, Loretta, Loretta… ton dernier combat, est-ce celui de la survie, de la dignité, ou de l'amour ?
Et je vois la pancarte De Mari : "Là où la vie est précieuse, la vie est précieuse".