« Le fond de la bouteille » (1949) est le 94e roman (sur 192), écrit à 46 ans, à Tumacacori (en Arizona, dans le comté de Santa Cruz, frontalier du Mexique) par Georges Simenon (1903-1989). C’est le 65e de ses « romans durs » (sur 117, c’est-à-dire sans Maigret, héros de 75 autres romans). Il a fait l’objet d’une adaptation cinématographique, en 1956 (« The bottom of the bottle ») par Henry Hathaway (1898-1985). L’histoire débute un dimanche, à Nogales, ville frontalière dont une partie est située au Mexique (état de Sonora) et l’autre, aux Etats-Unis (Arizona) et située à 98 km au sud de Tucson. Elle se concentre sur la rencontre de 2 frères (originaires de l’Iowa), l’ainé, Patrick Martin Ashbridge dit P.M., avocat, deputy sherif, qui a épousé Nora, propriétaire d’un ranch à Nogales, et Donald, condamné à 20 ans de prison pour homicide [sur un policier venu l’arrêter lors d’un hold-up à Rock Island près de Davenport (Illinois)], évadé du pénitencier de Joliet (Illinois) et qui souhaite retrouver sa femme, Mildred, et ses 3 enfants, au Mexique avec l’aide de P.M.. Malheureusement, la crue soudaine de la rivière Santa Cruz, franchie habituellement à sec, l’en empêche. P.M. s’est débrouillé seul dans la vie et considère son frère comme un raté, un faible (ce qui justifie qu’on l’excuse) et comme la peste qui débarque chez lui. Simenon décrit avec exactitude et finesse, d’une part, le petit monde des propriétaires terriens se fréquentant les uns les autres avec un arrière-fond d’alcoolisme mondain, un peu comme les expatriés occidentaux à l’étranger, et d’autre part, le conflit intérieur des deux frères, si différents et leurs ressentiments [d’où l’évocation des personnages bibliques, Abel et Caïn ou Jacob (le faible qu’on bénit) et Esaü (le fort)]. Le roman est d’inspiration autobiographique : Georges Simenon avait un frère cadet, Christian (1906-1947). C’était le fils préféré de leur mère Henriette qui l’a « couvé ». Parti au Congo belge à Matadi où il a eu un fils (dont Georges est le parrain), il s’est engagé pendant la seconde guerre mondiale dans le mouvement d’extrême-droite Rex. Fuyant la Belgique fin 1944, il rencontra Georges en 1945 qui lui conseilla de s’engager dans la Légion étrangère. Condamné à mort par contumace en 1946, il est tué sur le front d’Indochine en 1947. Christian a inspiré « La neige était sale » (1948), roman de l’expiation tandis que « Le fond de la bouteille » est celui de la culpabilité (celle de Georges via P.M.).


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le 13 mai 2025

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