Qu'est-ce qui fait le prix des livres de Keigo Higashino dont les romans nous parviennent dans un grand désordre chronologique, mais peu importe ? Ce n'est pas le style, simple et parfois relâché, mais bien la science du récit de l'auteur, qui vous agrippe dès l'entame de ses livres, en y apposant un mystère étrange, que cela soit dans ses romans policiers ou fantastiques. Le gardien du camphrier appartient à la deuxième catégorie avec sa touche de paranormal dans des existences normales. L'alliage des deux aspects fonctionne à merveille, Higashino prenant soin d'introduire un jeune héros, Reito, en manque de repères et très mal parti dans la vie. Il est un peu le candide qui, à l'instar du lecteur, va découvrir le rôle qu'on lui a assigné et les étranges rituels qui se déroulent nuitamment auprès du camphrier dont il a la garde. L'évolution du personnage à travers ses rencontres n'est que l'une des angles passionnants d'un roman qui distille ses effets et ses révélations sur un tempo lancinant, permettant à d'autres protagonistes d'exister et à plusieurs intrigues de se croiser, souvent poétiques et parfois cruelles, mais toujours profondément humaines, puisque c'est là aussi la caractéristique des ouvrages de l'écrivain japonais. Entre la tradition et la modernité de son pays, pour parler comme les guides touristiques, Higashino choisit de célébrer la bienveillance, la transmission et la curiosité. L'absence et la mort font partie intégrante du Gardien du camphrier, mais c'est surtout de persistance de la vie et de la mémoire dont parle le livre, ainsi que de la compréhension des autres qui ne peut que changer en mieux notre appréhension du monde, qu'il soit visible ou invisible. Et c'est ainsi que ce roman nous charme, nous émeut, nous amuse et nous laisse avec le sentiment d'avoir vécu, presque en lieu et place de Reito, une aventure fantastique et miraculeuse. Prenons soin des arbres, ils ont beaucoup à nous enseigner et la singulière capacité de nous consoler.