Le premier roman de Walter Tevis, L'arnaqueur, était construit entièrement autour de la compétition, sauf que c'était autour du billard. Il y revient dans son dernier roman (ou l'un de ses deux derniers, ils en a sorti deux la même année), cette fois sur les échecs. Pour autant, les deux romans sont assez différents, ne serait-ce que dans la gestion du temps. Mais ils ont en commun un personnage principal qui fait tout pour être le meilleur, qui donne tout ce qu'il a.
Beth Harmon est élevée dans un sinistre orphelinat. Seul rayon de soleil dans sa morne vie où elle en est réduite à mettre de côté secrètement des calmants pour dormir, elle apprend auprès d'un factotum à jouer aux échecs, et s'y révèle admirablement prédisposée. Alors qu'elle est adoptée par une famille dysfonctionnelle, sa mère adoptive s'avise que, si l'on est suffisamment bon, les échecs peuvent apporter de l'argent. Or Beth est plus que bonne, elle qu'on qualifie de Mozart des échecs.
Malgré les nombreux reports de partie, heureusement pas dans leur intégralité, Le Jeu de la dame se lit comme un thriller. C'est dû à l'écriture sobre de Walter Tevis, auteur de romans noirs ou de science-fiction, qui fait partie de ces auteurs américains faisant confiance à leur concept, le développant sans fioriture et livrant à l'arrivée un produit parfaitement distrayant. Et comme il sait parfaitement développer ses personnages, cela fonctionne à plein. D'autant que la froideur clinique de l'écriture renforce celle de Beth elle-même.
Ici, l'échiquier se métamorphose en champ de bataille, et Beth doit autant puiser dans son mental que dans ses capacités pour mener ses parties. Pour autant, elle devra lutter également contre elle-même, quoi d'étonnant avec la vie qu'elle a menée?