Que ce "roman" ait pu être considéré comme le meilleur de l'année 2022 par l'Académie me paraît stupéfiant. Un narrateur complètement insignifiant cède la parole au conseiller de l'ombre qui rapporte les propos de X ou Y qui rapporte les propos de Z, le tout durant des dizaines de pages d'affilée, sans même une petite didascalie à l'ancienne (il boit un verre d'eau, durant les 200 pages, le Mage, j'espère)... Quelle lourdeur, quelle maladresse dans le cadre, quelle incohérence dans la juxtaposition de personnages fictifs/réels. Car les personnages n'ont aucune densité, ils ne sont que des prétextes à énoncer au kilomètre des aphorismes ronflants et redondants sur le Pouvoir qu'on dirait sortis de la dissertation d'un élève appliqué. Bref, c'est vraiment faible sur le plan de la construction romanesque. Et ces imparfaits du subjonctif pour faire "écrit", qui sont tellement plats et scolaires, ce d'autant qu'un style relâché reprend vite le dessus.
La politique russe imaginée par un bon élève, intelligent, appliqué, quelqu'un qui a davantage lu de livres qu'il n'a vu quoi que ce soit. Pas désagréable, au demeurant. Mais tellement plat ! Je ne connais rien à la Russie contemporaine, mais si j'avais dû imaginer Poutine d'après mes lectures des classiques russes, je l'aurais exactement fait dans les termes de ce bouquin (le Tsar). C'est ça, un livre à succès aujourd'hui : un bouquin qui donne la satisfaction paresseuse de ne rien apprendre, rien comprendre.