Je ne m'attendais pas à une telle purge en lisant ce livre. Cela commençait pourtant plutôt bien : la plume est légère, on se laisse vite porter par le monologue intérieur du narrateur. Ricciardo est marié à Emilia. Persuadé qu'elle veut une vie bourgeoise et confortable, car après tout, elle est "le type même de la femme d'intérieur" nous dit-il (mais il ne pense pas à lui demander son avis) il prend un métier alimentaire pour payer l'appartement afin de ne plus vivre dans un meublé.
Puis, un jour, il comprend que sa femme ne l'aime plus, et il ne comprend pas pourquoi. Ce qui est intéressant ici, c'est que tout est raconté du point de vue du mari, et ce qu'on comprend surtout, c'est qu'il ne comprend pas grand-chose aux relations humaines, et que l'écrivain ne comprend pas grand-chose aux relations entre les hommes et les femmes.
Ce livre est une sorte de roman masculiniste avant l'heure : l'homme qui s'est sacrifié pour sa femme se voit rejeté et trompé par elle car il n'est "pas un homme", trompé donc avec le producteur de son film, Battista, plus mâle et plus riche. Un vrai incel le Ricciardo.
Le récit se double d'un miroir avec la relation entre Ulysse et Pénélope que le Ricciardo est censée écrire pour Battista. Le parallèle est assez lourdingue, on voit le coup venir de loin.
En terme de récit, outre le retournement du mépris avoué puis de la tromperie, le roman est très peu rythmé. Les introspections de Ricciardo ne nous apprennent rien de plus ni sur lui ni sur elle, et arrivé aux neuf dixièmes du livre on a sérieusement l'impression de tourner en rond.
La fin est à l'avenant du reste du roman, mais bon, je ne vous la divulgâche pas.
Je ne comprends décidément pas ce qui a pu susciter d'aussi bonnes notes pour un roman aussi poussif et banal dans sa misogynie et la pauvreté de sa compréhension des émotions humaines.