"Le ministère du futur" est un livre qui ne manque pas de qualités. Kim Stanley Robinson est un écrivain talentueux et connu pour être un très grand auteur de (hard) science-fiction.
Avec son dernier roman traduit en 2023, nul besoin d'être amateur de science-fiction pour se laisser tenter, car le roman est à la limite du genre. C'est avant tout une fiction climatique dans une anticipation proche de notre monde contemporain.
Personnellement, avec ce roman, je m'attendais à autre chose. Globalement, je n'ai pas vraiment apprécié cette lecture.
Le 1er problème est que le sujet très sérieux de ce roman est traité de manière trop optimiste, pour ne pas dire utopique. Je connaissais déjà l'optimisme de l'auteur, dans sa trilogie martienne. Ici, dans le contexte du changement climatique, dans un futur très proche, j'aurais préféré une prospective plus réaliste.
En effet, en admettant que les solutions intéressantes proposées par Robinson soient réalisables, je pense que l'humanité n'arrivera pas à mettre en œuvre tout ce que l'auteur présente, dans un délai aussi court (le roman s'étend de 2025 à 2050 environ). Je ne suis ni pessimiste ni fataliste : il y a des solutions aux problèmes, je crois que les sociétés vont réagir, les consciences s'éveiller et des efforts seront entrepris, mais ce roman, malgré son appel à réagir vite et fort (ce que je soutiens), peut donner l'impression que le défi est surmontable (à court terme déjà), que de toute façon et malgré tout, il n'était pas trop tard finalement, on peut se rassurer car ce ne sera pas si terrible, l'humanité unie et déterminée sait prendre les bonnes décisions et sait se montrer encore une fois, plus forte que la nature... plutôt que de présenter un avenir réaliste où d'après moi, les difficultés vont s'accumuler, gagner en complexité et où nous allons certainement devoir nous adapter, de gré ou de force, à un monde en quelque sorte plus hostile, dans un avenir proche et au-delà, et ce, malgré tous nos efforts.
Pourquoi ? Parce que nous nous adaptons à un environnement (villes, technologies, systèmes de pensée...) dont nous sommes devenus le produit et que nous avons nous-mêmes créé. Pour relever les nouveaux défis, issus de nos réalisations, nous nous basons sur des principes, des éléments de langage et des repères abstraits et virtuels qui se distinguent de l'équilibre naturel de la planète. Nous nous sommes isolés des dynamiques naturelles et nos sociétés ont pris une direction singulière, incompatible avec l'évolution naturelle des écosystèmes. Nous sommes encore loin d'avoir les systèmes sociaux à même de se poser les bonnes questions, de mobiliser la richesse et la diversité individuelle des êtres humains, pour résoudre collectivement les problèmes que nous avons engendrés.
Ces efforts ambitieux et conséquents, il faut les entreprendre de toute façon, pour vivre mieux dans un avenir particulièrement incertain et soumis à de grands changements et pour préparer les sociétés pérennes des siècles à venir. Ainsi c'est surtout sur le long terme qu'il est important d'espérer le fruit de nos efforts, qui profitera aux générations futures. Ce long terme dépasse largement l'échelle d'une vie humaine.
L'idée du "sursaut après la catastrophe" au début du roman est bonne, mais la société n'est pas préparée à tout chambouler en l'espace d'une petite génération. Il y aura des échecs et des contretemps, sans même parler des conflits... Mais Kim Stanley Robinson a envie de nous proposer une vision très optimiste du futur proche. Je me suis tout de même laissé tenter par sa vision, après tout, c'est une fiction.
Cela dit, je suis aussi très partagé sur la forme particulière que prend le récit. Le chapitre d'ouverture est superbe. La suite est d'intérêt variable.
J'ai toujours aimé chez KSR, les longues descriptions de lieux, notamment de paysages ainsi que sa poésie et son érudition. Il y avait des passages intéressants, quand d'autres se sont avérés ennuyeux.
Dans l'ensemble, je regrette l'absence d'une vraie histoire, d'une intrigue et de ses tensions dramatiques.
Cette éco-fiction a bien un fond intéressant, mais j'aurais aimé lire un "vrai" roman et non une suite de longs monologues, des témoignages où les différents personnages/intervenants, racontent souvent leur histoire personnelle.
Ces tranches de vie (qui pourraient très bien s'être déroulées à notre époque et non dans 20 ans), notamment celle de Mary Murphy, principale protagoniste, ne m'ont pas passionné et je ne les ai pas toujours trouvé très utiles ou bien intégrées pour avancer sur les sujets abordés dans le roman.
Certains narrateurs nous parlent du monde mais cela ressemble parfois à la lecture d'un livre d'histoire ou de géographie, d'articles ou de comptes-rendus. J'ai trouvé bon nombre de ces passages plutôt intéressants sur le fond, mais pas sur la forme.
J'ai tout de même apprécié certains narrateurs, notamment les plus originaux...
Finalement, pour moi, ce roman est (presque) une déception. Plutôt qu'un roman, j'aurais encore préféré lire de K.S. Robinson, un essai prospectiviste, structuré et argumenté, avec l'auteur lui-même comme narrateur et sans fiction.
Ici, avec "Le ministère du futur", on a quelque chose de plus ou moins hybride et qui ne fonctionne pas bien, à mon humble avis.
Je ressens à présent une certaine nostalgie pour ma lecture d'un autre roman de l'auteur : "Aurora", publié en 2015 et traduit en français en 2019. Dans ce chef-d'œuvre, c'est une science-fiction ambitieuse et maîtrisée qui est à l'œuvre, au sujet d'un voyage interstellaire hors normes.
Pour moi, "Aurora" offrait d'une autre manière, un message fort concernant le caractère précieux et fragile de l'équilibre dynamique de l'écosphère terrestre. Cet équilibre unique et essentiel pour l'humanité, le roman "Aurora" a été en mesure de le révéler, de manière bien plus habile, bien plus pertinente et marquante.
Ainsi, j'aime à penser que le roman "Aurora" est certainement plus à même d'éveiller les consciences pour la sauvegarde et le respect de notre environnement que "Le ministère du futur".