C’est ma fille qui a déniché ce bouquin, Le Palais, mais quand j’ai compris qu’il ne s’agissait pas d’une quelconque résidence princière, mais de quelque chose de nettement plus important – le vin, et son interférence sur le palais du dégustateur – mon sang n’a fait qu’un tour et, en souvenir à mes quelques années d’initiation à l’œnologie, et en bon bordelais d’adoption (60 ans quand même), je me suis empressé de télécharger le livre de F-H Désérable.
François-Henri Désérable est né en 1987 à Amiens. À dix-huit ans il devient hockeyeur professionnel (il le sera pendant 10 ans) et entre à la fac de droit de Picardie, à Amiens, puis à l’université Jean-Moulin à Lyon, il se consacre, ensuite, entièrement à la littérature. En 2013 parait sa première publication (Tu montreras ma tête au peuple). “Le Palais” est son cinquième roman.
Alors, de quoi s’agit-il ?
La quatrième nous dit que « Arun Kumar est doté d'un palais absolu - une mémoire des arômes si infaillible qu'elle confine au prodige. Ce don extraordinaire, il entend bien en faire l'instrument de sa revanche. Reste à découvrir comment. Et contre qui. » Mais encore ?
On apprend qu’Arun est un jeune garçon, d’à peine huit ans, natif de Delhi, quand il est adopté par un couple de restaurateurs bourguignons. Pays de vins par excellence ! Mais comme il est loin de faire des merveilles à l’école, mais plutôt spécialisé en bêtises, avec son amie Margot, la fille d’un vigneron voisin, il se retrouve rapidement dans les cuisines du restaurant à faire la plonge et à finir… les fonds de verres. Et « Très vite, il s’aperçut que, loin d’en gâcher la magie, disséquer le bouquet d’un vin augmentait le plaisir qu’il éprouvait à le boire. Et ce plaisir venait de l’analyse, mais d’une analyse amoureuse […]. S’il goûtait un vin rouge et qu’il y retrouvait des fruits noirs, Arun ne s’arrêtait pas à un simple « tiens, des fruits noirs » ; il s’efforçait de savoir s’il s’agissait de cassis, de mûre, de myrtille, de prune bleue, de fruits des bois, de sureau… » Ainsi remarqué par le père de Margot, celui-ci le prend sous sa coupe pour le former à la vigne et au vin.
Et c’est en sa compagnie qu’on va découvrir l’Art de la vigne aussi poétique que précise « C’était l’automne. Les feuilles roussissaient, se détachaient une à une, et la plante se recroquevillait sur elle-même : elle entrait en dormance. Au printemps, on verrait apparaître au bout des sarments de petites gouttes étincelantes : les pleurs de joie du vieux cep. Alors les bourgeons enfleraient, éclateraient, et de nouveau ce serait la sève, la patience, le miracle. »
Aussi précise que poétique, peut-être un peu trop précise : « Le vigneron leur parlait d’éraflage, de foulage, de soutirage. De pigeage, d’élevage et d’ouillage. De macération. De cuvaison. De fermentation. Il leur montrait les pompes, l’égrappoir, la table de tri… » Ou c’était, au gré des dégustations « des symphonies lentes et capiteuses en plusieurs mouvements. Un allegro solaire de pêche blanche et de coing éclaté ; un adagio d’écorce d’orange amère, de tilleul tiède et de fleur d’acacia ; un scherzo inattendu de pain d’épices, de muscade, de safran ; et, pour finir, un presto sombre et ciselé de truffe blanche, de tabac blond et de thé noir. »
À la lecture de toutes ces énumérations – et d’autres – un peu à la Prévert, je ne peux m’empêcher de supposer que notre champion de hockey ait eu recours à une IA et qu’il ait recopié fidèlement ce glossaire semant le doute dans mon esprit, un doute qui, petit à petit, s’est transformé en refus devant les multiples invraisemblances qui vont suivre et qu’il tente, en vain, d’éclaircir à la fin du récit. Je ne sais pas trop ce qui m’a poussé à atteindre le point final mais ça ne m’a pas réconcilié avec l’intrigue et je regrette cette construction qui se veut « à suspense ».