« Le Petit Saint » (1964) est le 167e roman (sur 192), écrit à 61 ans, à Epalinges (canton de Vaud, en Suisse) par Georges Simenon (1903-1989). C’est le 103e de ses « romans durs » (sur 117, c’est-à-dire sans Maigret, héros de 75 autres romans). Il n’a fait l’objet d’aucune adaptation, ni télévisée, ni cinématographique. Il détone parmi les romans durs (bien que n’en ayant lu que 27 pour l’instant) car on ne retrouve pas l’ambiance habituelle (solitude des êtres, couple sans amour, personnages petits et mesquins). Etonnement, le roman n’est pas contemporain de la vie de l’écrivain : il débute en 1897 à Paris. On pourrait y voir un hommage à Emile Zola (1840-1902) et son cycle romanesque des Rougon-Macquart (qui se déroule sous le Second Empire) car Simenon décrit, mais sans misérabilisme, ni pathos, une famille pauvre de la rue Mouffetard (une des plus anciennes rues de Paris, dans le Ve arrondissement), évoquant « L’assommoir » (1877) : La famille, qui habite un appartement (avec eau courante mais sans le gaz, d’où le chauffage au charbon et au bois, sans W-C, d’où un pot de chambre) se compose de la mère, Gabrielle, née Cuchas, épouse de Lambert Heurteau (qui est parti, alors qu’elle était enceinte de l’ainé), marchande des 4 saisons [se fournissant aux Halles (cf. « Le ventre de Paris » (1873)] et de ses enfants, Vladimir, prénommé aussi Joseph (11 ans et demi), de père russe, Alice (9 ans), 2 jumeaux roux (Olivier et Guy, 7 ans), Louis Cuchas (4 ans), enfant qui parle peu mais observe beaucoup, et Emilie (6 mois). Le titre fait référence à Louis dont l’écrivain décrit le parcours jusqu’à l’âge de 70 ans et qualifié ainsi par ses contemporains, car de petite taille (1,54 m au conseil de révision) et ne répondant pas aux provocations, mêmes physiques de ses camarades d’école, plein d’innocence, sans certitudes, et restant un mystère pour sa mère. D’où une parenté littéraire avec le prince Mychkine de « L’idiot » (1869) de Fiodor Dostoïevski (1821-1881). Contrairement à Vladimir, il ne vole pas, non pas par honnêteté mais par absence de désir ou de courage. Le roman comprend 2 parties : la 1ère (117 pages), la plus intéressante est consacrée à la jeunesse de Louis (« Le petit garçon de la rue Mouffetard »), tandis que la seconde (87 pages) concerne son activité de peintre (« Le petit garçon de la rue de l’Abbé-de-l ’épée ») [cf. « L’œuvre » (1886) avec Claude Lantier, artiste peintre, déjà présent dans « Le ventre de Paris »]. A travers cette famille, Simenon décrit des parcours bien différents, vu leurs caractères (maléfique pour Vladimir) mais aussi emportés par les événements historiques, plus particulièrement la 1ère guerre mondiale.