[...] Plus rien ne sera jamais pareil.

Comme en écho au petit bouquin de l'espagnol Santiago Pajares (Imaginer la pluie dans un désert), voici presque l'exact opposé avec Le poids de la neige du québécois Christian Guay-Poliquin.
Toujours dans le nouveau genre littéraire à la mode : cli-fi pour climate fiction.
Une mystérieuse panne électrique générale (on se rappelle de L'île islandaise), un village isolé dans les forêts au cœur de l'hiver.
Deux hommes forcés de cohabiter et survivre dans l'une des maisons du village.



[...] Il y avait des coupures dans le village. Rien d’inquiétant. Les gens s’y étaient pratiquement habitués. Ça durait quelques heures, puis ça revenait. Jusqu’à ce que, un matin, ça ne revienne plus. Ni ici ni ailleurs.



[...] Même si l’électricité finit par revenir, plus rien ne sera jamais pareil. Tu sais, tout ce qui est arrivé depuis la panne a défiguré la vie d’avant. Ici, on s’en sort peut-être un peu mieux qu’en ville, mais ce n’est pas évident.



Et puis la neige. Elle envahit tout, recouvre les paysages, s'insinue dans les maisons et on la retrouve dans chaque page du bouquin. Les titres des courts chapitres sont rythmés par la hauteur de neige au-dehors : soixante-deux, cent-huit, ...
Le québécois sait de quoi il parle et le lecteur grelotte entre le froid neigeux et la fragile chaleur des feux de bois.



[...] Même en raquettes, ça devient difficile de monter jusqu’ici. Vous savez, on dirait que votre maison s’éloigne du village de jour en jour.



Le propos du canadien n'est ni écolo ni climato-alarmiste et l'on n'apprendra rien de plus sur la panne ou sur les raisons de la rigueur hivernale : c'est plutôt une belle histoire, celle de deux hommes isolés qui, pour survivre, vont apprendre à se connaître. Un huis-clos en conditions extrêmes lorsque tout vient à manquer, la chaleur, la nourriture, les médicaments, la compagnie des autres.



[...] Tu es épuisé, lui dis-je en remettant quelques livres dans le feu, dors, tu en as besoin, on verra ce qu’on peut faire demain. J’ai peur, j’ai peur de rester coincé ici, sanglote-t-il en s’étendant sur le divan.



[...] C’est le soir. Assis l’un en face de l’autre, nous mangeons une conserve de cassoulet que Matthias a dégotée lors de sa dernière expédition au village. Nous y plongeons chacun notre cuillère en alternant scrupuleusement.



Au fil de la lecture, on compte donc les courts chapitres, les jours d'hiver et les centimètres de neige, porté par une belle écriture, très agréable. La tension monte au fur et à mesure que l'on vide le garde-manger mais les péripéties sont peu nombreuses : la neige a gelé toute vie, on se demande un peu comment tout cela va finir ou plutôt si tout cela va finir.

BMR
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le 16 mars 2019

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Bruno Menetrier

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