Autant de noirceur accumulée, c'est à la limite du supportable, mais il faut bien avouer qu'il y a une certaine fascination à voir comment Paul Cleave parvient à nous tenir en haleine, au fil de rebondissements de plus en plus audacieux, quoique parfois un peu difficiles à avaler. Le poids du sang n'est sans doute pas le meilleur livre de l'auteur néo-zélandais, mais la construction de ses intrigues reste à un niveau élevé, une fois compris qu'aucun des personnages de son récit ne peut plaider innocent. À commencer par la victime des premières pages, un adolescent agressé par un tueur en série de la plus vile espèce. Sauf que l'on ne sait encore rien de ce pauvre innocent et que la suite nous montrera à quel point, lui aussi, possède un esprit maléfique et une obsession particulière pour ce que les corps humains dissimulent dans leurs entrailles. Le seul personnage vaguement positif du livre, à savoir le shérif qui enquête sur les disparitions d'adolescents dans sa petite ville, n'est pas non plus un ange, tant s'en faut, et ses actes dénotent une santé mentale assez perturbée et ce ne sont pas ses problèmes familiaux qui peuvent à eux seuls le dédouaner. Bref, tout le monde est salement atteint dans Le poids du sang et le pire peut donc arriver. L'intrigue s'appuie sur plusieurs thèmes porteurs : l'adolescence, l'alcoolisme, les problèmes financiers, le harcèlement scolaire, les réseaux sociaux, mais ils ne sont que des béquilles, Cleave s'acharnant à nous dérouter et à nous proposer des scènes horrifiques. Il faut lui reconnaître son talent d'écriture et son sens du suspense, mais un peu de recul et d'oxygène dans ce monde des ténèbres n'auraient pas été superflus.