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Voilà un livre déroutant. Il n'est jamais là où on l'attend. On a l'habitude de le présenter comme un roman fantastique, alors que le surnaturel y est très peu présent ; il n'intervient qu'à partir de la moitié du livre, et encore, ce n'est que de façon intermittente. Alors, ce n'est surtout pas sur ce critère qu'il faut lire ce roman.
Qu'est-ce donc ? Un roman philosophique, sur l'art, la place de l'artiste par rapport à la société et par rapport à ses productions, la place de l'art par rapport à la vie, le rôle de l'art comme sublimation de la réalité, voire même comme substitut à la réalité, etc.
C'est aussi un roman social. Wilde y décrit (de façon plutôt moqueuse) le comportement de la hauite société londonnienne. Ses personnages estiment que se lever avant midi est inutile, que mener une conversation est un travail à part entière et que dire du bien de quelque chose est une faute de goût. Le roman dégage à la fois une critique et une certaine fascination pour cette classe oisive et décadente qui passe son temps dans leurs salons respectifs à parler pour ne rien dire.
Quand on superpose ces deux éléments (la réflexion sur l'art et la description d'une aristocratie décadente), on se rend compte que tout Proust est contenu dans ce livre, en mieux, parce que le roman de Wilde est beaucoup plus court et beaucoup moins ennuyeux.
Là où le livre surprend également, c'est qu'il est extrêmement moral. Le fameux portrait nous montre l'état horrible de l'âme d'un homme qui se livre à la débauche. C'est la preuve que l'immoralité est monstrueuse.Que, quand on met un doigt dans l'engrenage du mal, on se fait happer en entier. Dorian Gray va devenir un débauché de la pire espèce, entraînant avec lui de nombreuses personnes. Jusqu'à la mort. Mais il en sera particulièrement malheureux. Ce respect de la morale pourrait surprendre chez un personnage comme Wilde. Alors, bien entendu, il y a l'homosexualité des personnages principaux (Lord Henry et, sûrement, Dorian Gray lui-même). Il y a les propos de Lord Henry sur le mariage, la fidélité, etc. Mais Henry lui-même n'est pas convaincu par ce qu'il dit, qui a surtout pour but de le faire bien voir en société. Il dit ce que les autres attendent de lui, pas ce qu'il pense. Cela fait surtout de lui un véritable dictionnaire de citations et d'aphorismes.
SanFelice
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