Dès le titre de son autobiographie, l'écrivain coréen Hwang Sok-Yong se définit comme un prisonnier, comme si son expérience comme détenu politique l'avait modelé.
Comme je l'écrivais plus haut, Hang Sok-Yong est un écrivain coréen, on pourrait ajouter du sud, bien sûr, mais est-ce vraiment la peine, pour lui qui a été pendant si longtemps un militant actif de la réunification des deux Corée? C'est d'ailleurs entre autres ce qui lui vaudra ce statut d'ennemi du régime, car il s'est rendu au nord sans autorisation. Mais à cela ne se résume pas son engagement, puisqu'il a lutté également pour la démocratisation de son pays, alors que la répression, notamment sous le régime de Park Chung-He, battait son plein.
Voilà comment, dans le dernier paragraphe, il expose la raison de son choix de titre :
"Sans ma femme, Kim Gil-hwa, mon âme soeur de tous les instants, qui a passé tant de nuits blanches à mes côtés à m'encourager et à relire tant de fois mes pages, je n'aurais su m'arracher à la prison de mon passé.
Qu'elle est fragile cette liberté à laquelle j'ai tant aspiré, moi écrivain prisonnier d'un pays divisé -musée de la guerre froide-, prisonnier de mon époque et de ma langue ! C'est pour cela que je donne pour titre à cet ouvrage Le Prisonnier."
C'est donc bien le journal d'un militant qui nous est donné à lire, et parfois ce n'est pas simple pour le lecteur occidental, noyé qu'il est sous les noms inhabituels d'une situation qui pour lui ne l'est pas moins. D'autant que ce livre a une taille plus que respectable! Heureusement, si le début est très chargé, cela s'éclaircit ensuite et on peut lire désormais plus aisément.
Mais c'est aussi une autobiographie, une confession même, où l'auteur revient également sur ses regrets, notamment envers sa mère si dévouée à qui il a bien mal rendu son affection.
C'est que la vie de Hwang Sok-Yong est tellement liée à celle de son pays que le personnel et l'historique y apparaissent comme indissociables. On aura un aperçu de la fameuse guerre ayant mené à la partition du pays, à la guerre du Viêt-Nam, aux manifestations étudiantes... Et bien sûr une relation de son voyage pour la Corée du nord, venant compléter ce qu'il avait déjà écrit sur le sujet, dont le beau roman L'Invité. Le tout intercalé de chapitres relatant sa vie en détention, en tant que prisonnier politique.
Voilà donc pas mal de raisons de s'intéresser à cette autobiographie d'un grand auteur, qui a su conjuguer sa passion de l'écriture avec sa révolte de militant.
Un tel engagement, aussi bien politique qu'artistique, force le respect.