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le 6 août 2013
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Je suis sociologiquement prédisposé à aimer Desproges : mes parents écoutent France Inter. Par ailleurs, j'aime lire, j'ai remarqué au bout d'une douzaine d'années que quelque chose ne tournait pas...
Quiconque a vu le retable d’Issenheim, quiconque en a lu une description sous la plume de Huysmans – ou d’un autre, mais enfin les descriptions de Huysmans sont aussi des bijoux de littérature – a forcément en tête les diverses échardes, suppurations, torsions et verdeurs qui caractérisent le corps de Jésus crucifié tel qu’il apparaît sous le pinceau de celui qu’on appelle Grünewald. Un tel spectacle dérange, dans le meilleur des cas. Le livre coédité par le musée Unterlinden de Colmar n’entend pas oblitérer la « part de […] mystère » (p. 5) de l’œuvre, mais l’entoure de quelque chose de solide.
Cent vingt-huit pages richement illustrées, imprimées sur du papier de qualité et d’un format (22 × 28 cm) qui rend justice aux détails de la peinture sans en compromettre la maniabilité : le livre est efficacement réalisé. Une première partie évoque le contexte de production du retable (début XVIe siècle), ses artistes (Nicolas de Haguenau et Grünewald) et ses commanditaires (l’ordre des Antonins). Une deuxième partie, la plus fournie, porte sur l’histoire de l’œuvre et sur sa fonction religieuse, avant d’évoquer le retable lui-même : d’abord fermé (la crucifixion), puis après la première ouverture (l’accomplissement de la nouvelle loi) et enfin après la seconde ouverture (saint Antoine). La troisième partie, intitulée « Fortune critique », présente brièvement quelques critiques, écrivains ou artistes que le retable a inspirés.
Vous avez trouvé ce dernier paragraphe très descriptif, un peu sec – pour ne pas dire chiant ? C’est aussi un peu le défaut du livre. On y apprend des choses, on établit des liens avec d’autres choses qu’on connaissait déjà, mais il lui manque peut-être un grain de folie. Les autrices ne mentaient pas : « le propos de ce texte est de mettre à la portée de son lecteur tous les résultats liés à l’observation de l’œuvre et à sa connaissance sensible » (avant-propos, p. 5). Rien d’autre. C’est qu’une fois rappelée la formule que Huysmans a créée pour cette œuvre, « le réalisme surnaturel » (cité p. 116), le discours clairement interprétatif est réduit à la portion congrue. (Je ne considère pas comme interprétations les passages consistant à identifier un saint ou à citer la source biblique de tel ou tel détail.) Au moins évite-t-on tout sensationnalisme et toute élucubration, soit deux risques toujours présents dès qu’on aborde l’art de la fin du Moyen Âge et / ou l’ergotisme.
Cependant, le lecteur bénévole – et non spécialiste – apprendra toujours quelque chose : ainsi « d’autres éléments [de la Vierge à l’enfant], qui à première vue ne sont que des détails ornementaux, sont porteurs d’une symbolique forte » (p. 84). On ne perd pas de vue le contexte du retable – les Antonins sont des hospitaliers : Grünewald, « dans ce décor irréel [de la Visite de saint Antoine à saint Paul ermite] […] place au premier plan une série de plantes médicinales traitées de façon très naturaliste. Elles devaient entrer dans la composition du saint vinage, administré aux malades dès leur admission à la commanderie » (p. 98). On peut à ce propos regretter de trouver assez peu de liens explicites entre les différents panneaux formant le retable.
D’autre part, l’intérêt de cette relative sécheresse de l’ouvrage est peut-être de mettre en relief ce qui n’allait pas de soi, mais apparaît comme une évidence une fois le livre refermé : on a beau éprouver beaucoup de choses en la regardant, on ne trouve en fait pas grand-chose à voir dans la crucifixion. (La crucifixion, c’est le panneau central du retable fermé. Le retable dans son ensemble compte dix panneaux et quatre parties sculptées). Les scènes et représentations des panneaux latéraux et du triptyque ouvert – une fois puis deux – sont globalement plus riches en termes d’iconographie, et pas moins réussies si l’on parle d’exécution technique : il y a quelque chose de fort aussi dans l’expression du saint Antoine du retable fermé, – et d’intrigant dans le troublant concert des anges de la première ouverture, – et d’héroïque dans les volets de la deuxième ouverture. Tout cela, l’observation menée par l’ouvrage et les connaissances qu’il transmet le mettent indirectement en relief.
Le livre de Pantxika De Paepe et Magali Haas, en réservant un traitement égal à chaque partie de l’œuvre, y compris la partie sculptée que l’on doit à Nicolas de Haguenau, attire sur ce point l’attention du lecteur curieux, sans couper les ailes à celui qui n’aurait jamais entendu parler du retable d’Issenheim.
Créée
le 9 janv. 2026
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