Il arrive parfois à Zola de vouloir faire taire ceux qui ne voient en lui un pornographe incapable d'écrire autre chose que des romans qui "sentent". Je suis toujours chagriné de voir que l'on lit souvent Zola comme une figure totémique du socialisme ou du positivisme sans voir que c'est avant tout à un romancier de génie, conscient de ses effets et de son ironie, dans un rire rabelaisien, mais angoissé.
Après la Terre et sa lourdeur pachydermique, Zola réexplore le prisme de la religion par celui d'une fille simple, Angélique, coincée dans son "rêve" : celui de la foi, de l'inculture, de la bonté, du travail... moins sonore et dégueulasse que ses précédents personnages. Il prend ainsi des allures d'histoire un peu hagiographique, d'une jeune fille abreuvée d'histoire des saintes, de leurs souffrances dont elle se flagelle, à défaut de goûter aux plaisirs de la chair.
On sent un attachement au personnage, une sorte d'admiration face à la foi pour quelqu'un qui ne l'inclut pas forcément dans son système romanesque, mais qui veut toucher un mot sur le sacré, et son indéfrisable, tout en le donnant à lire dans un prisme naturaliste. L'édition du Livre de Poche de Roger Ripoll, qui tombe souvent dans l'écueil du spoiler, dévoile quelques notes préparatoires de Zola : il y aurait eu d'ailleurs un grand décalage entre la quantité de recherches et la taille presque famélique du roman. L'invisible du miracle, le fait qu'il se produise finalement - mais à la Zola rassurez-vous - repose dans une réflexion toute personnelle de la foi, livrée dans une note de bas de page. "Où sont les diables, dans l'air, entre le ciel et la terre. Ils ont rempli tout l'air comme des mouches. autant de diables que l'on voit d'atomes : cela très profond, philosophique, c'est la matière qui est le diable."
Derrière la façade bleuette, se cache une belle et triste histoire d'un souffle de vie et de foi perdu dans un monde dans lequel les fables n'existent pas, autrement que celles dont on s'illusionne et que l'on ne parvient pas à vivre vraiment, face au souffle de l'existence parfois trop grand pour nos frêles épaules.