Alya Aglan est professeure à la Sorbonne, spécialiste de l’histoire de la Résistance. Dans cet ouvrage, elle réalise une anthologie de l’usage de l’humour, sous toutes ses formes, pour lutter contre l’occupant et Vichy durant la 2nde guerre mondiale : des chansons aux faux documents administratifs, en passant par les caricatures, des articles de journaux résistants. Chaque document est replacé par l’auteure dans son contexte et expliqué. Loin de nier l’horreur de la guerre, « face à une réalité insupportable, comme un démenti à cette réalité, un moyen de défense contre la douleur et la souffrance, l’humour mobilise des détournements de sens en convoquant l’absurde, le cocasse et le parodique ». Ainsi l’hymne de Vichy, « Maréchal, nous voilà » est-il réécrit dès 1942 en « Général, nous voilà » (en hommage à De Gaulle bien entendu) ou encore « Maréchal, les voilà », « Pierre Laval, nous voilà » (détesté peut-être plus encore que Pétain pendant la guerre). On connaît bien sûr le rôle de Pierre Dac (de son vrai nom André Isaac) connu à la radio dès 1935 puis par son journal satirique « L’Os à moelle » à partir de 1938 et qui a rejoint Londres par Alger en 1943, après avoir été arrêté à la frontière espagnole et s’être retrouvé en prison. Son arrivée à Londres n’a pas forcément enthousiasmé toute la section française de la BBC…Parmi les documents présentés par l’auteure et signés Pierre Dac, on trouve une interview fictive de Laval en 1943 qui est absolument irrésistible, quand l’absurde et le corrosif se mélangent, c’est un régal. D’autres formes d’humour (jeux de mots…) semblent aujourd’hui un peu plus obsolètes. L’auteure dans un chapitre nous raconte aussi l’histoire de l’opérette écrite par Germaine Tillion, arrêtée alors qu’elle faisait partie du réseau du Musée de l’Homme, prisonnière à ce moment-là à Ravensbruck. Elle a écrit cette œuvre mordante avec l’aide de ses codétenues. Une anthologie très intéressante mais avec un défaut : les documents iconographiques (caricatures en particulier) sont présentés en petit, dans un noir et blanc de médiocre qualité ce qui les rend souvent difficilement lisibles. Il y avait sans doute mieux à faire même dans un livre de poche comme un cahier central pour les présenter correctement sur du papier de meilleure qualité. Cet ouvrage constitue une réflexion sur le rire et sa nécessité pour lutter contre la barbarie et le totalitarisme : « Rire, envers et contre tout, constitue un ersatz d’action qui vise à reprendre le dessus et poser un acte de refus, qui érode la crédibilité des puissants et effrite les effets de la domination ». Un sujet qui est toujours d’actualité.