Le hasard de mes lectures m'aura conduit vers Le soleil des Phaulnes peu après Aatea.
Me confirmant dans mes convictions sur ce dernier.
Parce que Le soleil des Phaulnes joue sur les mêmes tableaux. On suit une héroïne forte, on y voit une critique du capitalisme et du colonialisme, on y reprend les mouvances actuelles sur le droit de la femme et autres.
En revanche, on ne joue pas dans la même cour.
Le récit est plus ramassé et bien mieux rythmé. Les personnages, c'est autre chose. Le style est plus fluide. Thierry Di Rollo confirme, aux quelques aficionados lisant ses livres, qu'il est un auteur qui compte, ou devrait compter, dans la science-fiction française actuelle.
Quelques faiblesses toutefois.
On parlait d'avoir comme héroïne une femme forte. Une très belle femme d'ailleurs, qui fait fantasmer tous ceux qui la croisent. Qui le sait, et qui en joue, sans jamais mettre en jeu son intégrité. Mais le fait qu'elle soit d'un type humanoïde rare, incompatible sexuellement avec ceux qu'elle sera amené à croiser, tous gens d'autres planètes, désamorce le potentiel. C'est une solution de simplicité qui permet de ne pas s'embarrasser d'un sujet qu'on ne veut pas traiter.
Et puis, si le rythme elliptique permet d'avoir une narration très fluide, cela devient un défaut quand la fin se retrouve à être traitée aussi vite, en nous infligeant une conclusion qui nuit à la qualité de l'ensemble.
Reste un récit de science-fiction de qualité, les défauts n'étant pas rédhibitoires.
On y passe d'environnement spatial en planète au gré des déambulations de Griddine, dont la planète natale a été évacuée suite à l'exploitation industrielle de son soleil. Elle va alors chercher le responsable de tout ceci pour le faire payer. D'élargir les conséquences d'un capitalisme agressif à l'échelle d'une galaxie, créant une junte vampirique cultivant son immortalité en se repaissant, de fait, de l'existence de mondes entier, est à l'origine d'une bonne idée : ce capitalisme et colonialisme ultime s'inscrit dans une logique de diminution radicale de la diversité, et contribue directement à l'appauvrissement de l'univers, du merveilleux qui lui est inhérent.
En gros, cet appauvrissement n'est pas seulement celui des populations, mais c'est aussi un appauvrissement de l'environnement. Ces ultra-riches peuvent faire illusion, en aménageant des planètes pour leur plaisir personnel. Mais ils s'ennuient malgré tout : il leur manque quelque chose. La vie dont ils privent le monde les en privent finalement eux-aussi. Et donc le seul horizon de leur avidité est leur destruction. Ils ne se voient plus qu'eux-même dans le miroir, et ils n'aiment pas ça. Thierry Di Rollo connaît certainement l'idée de Julien Gracq là-dessus.
Même peu exploitée, c'est dans cette idée que réside la véritable richesse de ce Soleil des Phaulnes.