Un superbe bouquin et encore un petit chef-d’oeuvre de Dick (« petit », car ce ne sera qu’un « 9/10 » seulement -!- en raison de la fin assez convenue et des quelques justifications alambiquées qui l’accompagnent…). Le thème préféré (et récurrent) de notre très cher Philip (qui aligne un nombre de miracles littéraires impressionnants) revient (encore) ici : celui de l’imposture et des apparences si trompeuses…
Ainsi ce Ragle Gumm (au nom déjà étrange) vedette nationale du concours quotidien « où sera le petit homme vert la prochaine fois ? » (sic !) qui se demande s’il devient dingo quand les contours de la réalité s’estompent : la buvette disparaît, remplacée par une simple étiquette sur laquelle est écrit… « buvette » !
Quelque chose ne tourne pas rond dans cette petite ville de péquenauds des années 50… puis les indices voire des preuves commencent à dévoiler le mystère en compagnie de son beau-frère Vic et de sa soeur Margo. Même là, s’agit-il d’un délire à plusieurs (plus on est de fous…) ou d’un complot dont Ragle Gumm est le centre absolu ? (paranoïa, encore ?).
C’est quasiment une enquête policière à bien des égards, rondement menée et passionnante de bout en bout, une sorte de « thriller » qui se lit d’une traite ou presque. Bien que d’une ambiance totalement différente, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec Au Bout du Labyrinthe, l’autre chef-d’oeuvre du même auteur.
Quoi qu’il en soit, Le Temps Désarticulé est une belle mécanique d’une rigueur implacable avec ses personnages développés avec soin, seule la fin est moins saisissante et moins frappante. Mais quelle course au complot en tout cas !