Jacques Chessex (1934-2009) est un écrivain suisse de langue française qui obtint le prix Goncourt pour « L’ogre » (1973), son 4e roman à 39 ans. « Le vampire de Ropraz » (2007) est son 18e roman à 73 ans. Comme plus tard dans « Un juif pour exemple » (2009), l’auteur s’empare de faits divers horribles [nécrophilie, mutilations et cannibalisme, vis-à-vis de 3 jeunes femmes : Rosa Gilliéron (20 ans), Nadine Jordan et Justine Beaupierre (23 ans)] qui se déroulèrent de février à avril 1903, à proximité de Ropraz (dans le Haut-Jorat, dans le canton de Vaud), village où l’écrivain a vécu en 1978. Ropraz se trouvait alors à 2h de Lausanne, dans une région où « les idées ne circulent pas, la tradition pèse et l’hygiène moderne est inconnue ». Le dernier loup y a été tué en 1881. Le style est sec et épuré (108 pages). Cela évoque le film « Bruno Reidal » (2021) de Vincent Le Port, où un jeune séminariste cantalien de 17 ans, décapitait un enfant, au début du XXe s. On pourrait aussi le comparer au « Dahlia noir » (1987) de l’écrivain américain James Ellroy (marqué à vie par le meurtre non élucidé de sa mère, en 1958, alors qu’il avait 10 ans), sur la décadence de Los Angeles, à travers le destin tragique d’une jeune femme en 1950. Jacques Chessex décrit les classes populaires crasseuses, alcooliques et incultes, comme Emile Zola (1840-1902) dans les Rougon-Macquart au XIXe s. Un coupable idéal est trouvé, qualifié de vampire : Charles-Augustin Favez, garçon de ferme, 21 ans, zoophile, alcoolique et ayant été violé dès 4 ans dans sa famille d’accueil. Son destin est assez extraordinaire, ayant eu une autre vie après la prison, côtoyant même Blaise Cendrars (1887-1961), autre écrivain suisse francophone, pendant la 1ère guerre mondiale. Jacques Chessex a un talent de conteur, comme Pierre Bellemare (1929-2018) dans ses « Dossiers extraordinaires » (1976, 1977, 2009 et 2015).