Un détournement de l'histoire épidémique au profit d'une nouvelle marche des morts


Française, Français bonsoir.
Nous nous retrouvons ce soir car j'ai une annonce importante à vous faire. Après le variant Delta et le variant Omicron nous faisons face à un nouveau variant... Le variant Nekros. Ce nouveau variant venu d'Asie est beaucoup plus contagieux que les précédents, beaucoup plus dangereux aussi. Ce que nous savons pour le moment est très restreint, nous savons seulement que si vous l'attrapez, vous risquez de vous retrouver dans un état critique. C'est un variant d'une autre ampleur. L'heure n'est plus à la démocratie...
Française, Français je vous laisse sur ces quelques mots.
Vive la République, vive la France !




Ce qui me fait le plus peur ce n'est pas les morts mais les vivants...



Le variant Nekros des éditions Le Lys Bleu est une science fiction horrifique survivaliste post-apocalyptique de l'auteur Mikael Rogard, qui à travers son roman livre une intrigue qui plonge à nouveau le lecteur en pleine crise sanitaire. Un récit qui travesti l'histoire du Covid-19 à travers un nouveau variant le "Nekros". Une forme du virus beaucoup plus agressive qui va contraindre les autorités à rapidement créer un vaccin qui va s'avérer être l'objet de la destruction du genre humain. Une liberté prise avec la "vérité historique" offrant une connexion détournée entre le réel et le fictif. Un roman qui dans un premier temps peut être perçu comme un pamphlet anti-vax, jusqu'à ce que l'aspect fantastique vienne remettre les pendules à l'heure. Une inclusion dans le surnaturel nous faisant comprendre qu'ici on est avant tout dans un divertissement pour adultes. Un roman de survie qui va concilier la culture du zombie mort-vivant à celle du nouveau variant initié par le vaccin du coronavirus le ''Nekros''. Un détournement de l'histoire épidémique au profit d'une nouvelle marche des morts. Une conduite scénaristique bienvenue qui vient remettre au centre de l'attention deux ans de pandémie qui ont bouleversé notre existence. Si bien, qu'avec cette nouvelle propagation l'effet d'implication est entier pour le lecteur, garantissant un maximum de gravité. Après Alpha, Beta, Gamma, Delta et Omicron, voilà que se pointe Nekros.


Le variant Nekros s'est avéré être une lecture très étrange de par son exécution divergente. Une première moitié de récit dans lequel l'auteur prend son temps dans le développement de ses personnages ainsi que de son contexte. Une exploration dramatique intelligente dans laquelle on découvre l'intimité d'une petite famille confrontée aux aléas de la vie. Des personnages auxquels on s'attache rapidement via une description saisissante de l'amour d'un père envers son fils, qui du haut de ses deux ans va être confronté à l'éloignement de sa mère victime d'un accident de voiture. Un cheminement poignant d'une justesse étonnante, qui va mettre au grand jour les difficultés qu'incombe d'être le pilier d'une famille. À travers les yeux du personnage principal : ''Mikael'', on suit le parcours d'un époux et d'un père en phase de reconstruction, qui va trouver dans les randonnées le moyen de se ressourcer. Une conjonction permettant au lecteur de découvrir une des passions de l'auteur ''la randonnée''. Avec des jolis coins du sud de la France composés de villages médiévaux comme, "Puycelsi'', avec sa forêt de Gresigne, ou encore ''Saint-Antonin Noble Val'', située au confluent de la Bonnette et de l'Aveyron dans le Tarn-et-Garonne (chez moi), on découvre de jolis territoires français. « Oui, la France est un beau pays, il suffit simplement de savoir où chercher. »


Puis survient un appel télévisé du Président de la République qui annonce que le Covid-19, vient mettre à nouveau à mal l'institution avec son nouveau variant. Dans un premier temps on explore les phases usuelles liées à une nouvelle épidémie croissante avec un nouveau confinement, qui cette fois-ci va s'avérer être différent des autres cas. Un moment savamment alimenté en suspens où on s'inquiète du déroulé de la situation épidémique. On sent que quelque chose cloche, à l'image de Mikael qui équipé de son sixième sens (extrêmement utile) va en prévention décider de prendre des mesures. Un chapitre chargé en tension qui va offrir le moment le plus tendu du livre lors de la virée à vélo de Mikael sous le couvre-feu, avec une police omniprésente transformée en brigade anti Nekros qui ne plaisante pas. Une première partie rondement menée que l'on suit avec ferveur qui malheureusement va chanceler lors de sa seconde partie. Une seconde moitié qui démarre avec l'extinction humaine que l'on inspecte en seulement quelques lignes. Alors que le développement se voulait construit avec réflexion, on accélère drastiquement le rythme au point de perdre le fil, notamment avec Mikael qui va tout à coup se transformer en machine de mort impitoyable.



Tout ce que je fais, les choix que je fais et ce que je vais devoir faire... c'est pour toi mon fils.



Un élément m'a profondément perturbé lors de ma lecture avec le premier meurtre de Mikael qui intervient extrêmement rapidement. Pour rappel, 80% de la population a disparu et Mikael compte reconstruire une civilisation avec certains survivants. Pour ce faire, il a besoin d'un camion que possède son voisin encore vivant. Il va le voir et lui ordonne de lui donner (et non prêter) son véhicule, chose que refuse tout naturellement de faire son voisin qui se fait alors froidement abattre d'une balle dans la tête. Un acte totalement gratuit devant lequel Mikael ne se remet même pas en cause. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi est-ce qu'il a tiré. Le pauvre voisin n'était même pas armé. Des camions ce n'est pas ça qui manque, surtout qu'il n'était pas en danger. Je n'arrive pas à saisir où se situait l'urgence au point de tuer de sang-froid quelqu'un qui ne lui avait absolument rien fait. Qu'est-ce que ça changeait qu'il est le camion maintenant ou plus tard ? Ce n'est pas comme s'il y avait une urgence du genre ''zombies'', qui à ce moment-là de l'histoire ne sont même pas encore apparus. Un acte barbare qu'il justifie par : « Je venais de franchir la limite... je n'avais pas d'autre choix... il fallait que je le fasse ». Justement Mikael, tu avais le choix ! Le choix de ne pas le tuer en lui tirant une balle dans la jambe ou dans le bras, ou tout simplement en laissant tomber cette histoire de camion. L'ironie du sort veut qu'on le voit réapparaître en tant que premier zombie, que Mikael va cette fois-ci sommer de s'arrêter en faisant un tir de sommation avant de l'abattre. Je ne comprends pas sa logique.


Une problématique envers le personnage que l'on va retrouver tout du long, comme lorsque celui-ci arrive pour la première fois avec son groupe dans un village qu'il décide d'occuper par la force pour en faire sa terre providentielle. Un village avec une population paisible qui voit arriver cet homme qui déclare haut et fort : « à partir d'aujourd'hui je prends le commandement du village ». Quoi de plus normal à la réaction des villageois qui doivent se dire intérieurement : « hey gars, calmes-toi et redescend un peu ». Ce que ne manque pas de lui dire un homme : « casse-toi d'ici avant que je décide de m'éner...», '"BOUM!!!". Il a même pas le temps de finir sa phrase que Mikael lui tire une balle dans la tête ! Encore ! Le pire c'est qu'en plus il ose dire : « celui-là, j'ai beaucoup moins de remords ». Mais mec, tu es un vrai monstre ! Cela fait même pas une journée que les zombies sont arrivés que tu fais déjà un véritable carnage. Je n'ose même pas imaginer ce que tu ferais à quelqu'un qui oserait te dire une insulte. Tu le couperais en morceaux ? Sachant qu'un autre élément m'a frappé : le livre se termine et les zombies n'ont tué absolument personne. Pareil du côté des soi-disant méchants humains. Tout du long du livre Mikael ne cesse de dire que les zombies sont monstrueux mais que les humains le sont davantage. Si bien, qu'ils doivent s'en méfier. Mais le truc, c'est que côté ''morts'', à part Mikael qui se livre à une véritable belligérance, il n'y a aucune victime à déplorer. Résultats des courses, meurtres par les zombies : « zéro »; meurtres par les humains extérieurs à la communauté : « zéro »; meurtres par Mikael « douze ! ». Et je parle de meurtres envers des humains. Par ailleurs, j'ai souri lorsque après avoir abattu froidement et gratuitement le pauvre villageois, Mikael déclare au reste de la population choquée : « N'ayez crainte ». Pardon, mais il y a de quoi avoir peur. Du coup j'avoue avoir bien rigolé lorsque Mikael, commence juste après son discours par « Bonjour n'ayez pas peur de moi ». Gars, tu es terrorisant ! Le problème, c'est qu'avec une radicalité posée sans la moindre transition ni remise en cause, Mikael passe pour un psychopathe illuminé qui tue au départ sur une simple intuition.


Je comprends ce que l'auteur a voulu explorer avec la chute de l'humanité de son personnage principal, seulement cela arrive bien trop rapidement. Il n'y a aucune nécessité, aucun recul, ni la moindre conséquence à son geste déraisonnable. À côté de cela, la seconde partie du récit expose avec intérêt la construction d'une communauté avec de nouvelles fondations et de nouveaux cadres. Une élaboration à laquelle s'applique l'auteur qui va illustrer autour de celle-ci une multitude de rebondissements appréciables avec des séquences de pillages particulièrement haletantes. Avec tout le monde qui l'entoure, il est regrettable que le seul à prendre des décisions soit Mikael, qui décide de tout sans jamais personne pour contester ses ordres, ni ses choix. En même temps, vu comment il a la gâchette facile je me dis que tu dois y réfléchir à deux fois avant de le contredire. Lorsqu'on voit avec quel talent le romancier arrive à décrire son personnage principal lors des 100 premières pages, il est dommage de le voir chanceler de manière si radicale. Surtout que c'est au détriment de son fils et de sa femme qui ont presque disparu du récit alors qu'ils ont été l'énergie de la première moitié du roman. Arrive les dernières pages de l'histoire qui se termine en fin ouverte, suggérant de futures suites, où je l'espère notre cher Mikael va mettre un peu d'eau dans son vin avec des zombies qui vont s'avérer être une véritable menace, et non juste un arrière-plan de décors.



CONCLUSION :



Le variant Nekros des éditions Le Lys Bleu de Mikael Rogard, est une science fiction post-apocalyptique intéressante qui a la brillante idée de conjuguer un récit fantastique horrifique avec le traumatisme que fut la crise épidémique du Covid-19. Un roman chancelant entre une première moitié finement gérée via une construction dramatique bouleversante, savamment orchestrée sur un suspense haletant pour des personnages touchants; que la seconde partie beaucoup plus survolée vient annihiler avec un personnage principal qui a littéralement pété une durite. Reste une fiction qui se lie sans problème avec ses 208 pages que l'on ne voit pas passer.


Un premier livre qui à défaut de m'avoir pleinement convaincu, m'a donné envie de lire la suite.



Comprenant que la situation est des plus importante et que mes choix futurs définiront notre survie, j'agis...
Je décide de faire ce que je fais de mieux, IMPROVISER.


B_Jérémy
6
Écrit par

Le 5 septembre 2022

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39 commentaires

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B_Jérémy
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Joker

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