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le 14 oct. 2016
SuivreL'homme tragique
J’ai lu Le Verger de marbre comme on lirait une tragédie : c’est le récit d’une fuite, celle d’un homme qui en tue un autre. Beam Sheetmire est décrit dès les premières pages comme différent des...
Et on est donc chez Gallmeister…
Et on revient aussi aux traducteurs. Cette fois, c’est Anatole Pons.
Alors merci à lui, pour cette traduction qui n’a pas dû être facile. Se glisser dans la peau d’Alex Taylor...
Une lecture qui remonte déjà à cinq années.
Je viens de fermer un des meilleurs bouquins que j’ai ouverts depuis quelque temps.
Souvent, tu lis un livre et tu aimes l’histoire.
C’est bien raconté.
Le style te laissera pas de souvenir pendant les trente prochaines années, mais bon, aujourd’hui, c’est difficile d’avoir le beurre, son argent et la vendeuse en même temps.
Alex Taylor, il a pas que l’histoire, il a un style de dingue. Tu l’imagines presque comme le descendant de ces auteurs qui sont au firmament de la littérature américaine.
Tu vois lesquels ?
Ceux qui donnaient la vie à leurs personnages au point que t’étais sûr qu’ils existaient quand tu refermais le bouquin.
Alex Taylor, il fait pareil.
Tu vois tout ce qu’il te raconte. Tu entends tous les mots prononcés par ses personnages, tu sens toute la merdasserie qu’il remue dans ce roman.
Je te fais le pitch, vite fait.
Non, je déconne, Ghislaine, je fais pas de pitch. C’est juste marqué derrière le bouquin. C’est pas comme si je dévoilais le roman et que t’avais plus qu’à aller en chercher un autre.
Beam tue un type, un soir, parce que le type en question veut lui piquer son blé. Comme ce type, c'est le fils du boss du coin, Beam se barre, sur les conseils de son père.
Il se tire dans la forêt, et rencontre un type super sympa. Un papy dont tu sens qu’il a rien à prouver à personne. Juste, il aide Beam, et c’est bien. D’ailleurs, ce papy, il a une fille aussi.
Elle est sympa.
Le boss que Beam s’est mis à dos, c’est Loat Duncan. Il a des chiens genre doberman, un peu féroces et super pas agréables.
En plus, y a un secret que je ne peux pas te dire, bien sûr.
Parce que si je te le dis, je vais me faire engueuler. Alors je te dis pas.
Voilà.
C’est un premier roman et là, t’hallucine.
« Le vautour le toisait depuis son perchoir sur un des ormes malades, les ailes déployées en une croix noire… /… dans la posture de celui qui impose le silence au monde… », ça te claque dans la figure, juste au milieu du museau.
T’es dans le Midwest.
Ce sont des paysans là-bas. Un peu comme chez nous en Lozère avant les touristes. La vie est pas facile, mais ils s’y sont habitués.
« Bon, ben alors, tu sais pas vraiment c’que t’es, hein ? Tu pourrais avoir un huitième de sang négro ou trois quarts de fils de pute que t’en aurais pas la moindre idée. »
Tu sais, cette Amérique qui croit encore à Dieu et à son contraire, celui qu’on ne nomme pas…
Le verger de marbre, tu as compris, c’est le cimetière où Beam trouve un semblant de refuge. Et dans tous les vergers, y a un jardinier…
Les mots d’Alex Taylor, c'est des images qu’il t’envoie dans la tête.
Des images parce que tu fuis avec lui dans la forêt, tu sens les odeurs de pourriture, tu renifles les sentiments de ceux qu’il croise, tout comme si t’étais là-bas, avec lui.
C’est magique.
Dans le bon sens du terme, pas celui des tours de cartes ou de Henri le Potier.
Alex Taylor a été comparé à McCarty, ou à Donald Ray Pollock.
Ce genre de littérature, c’est de la bombe.
Vraiment.
La claque que j’avais pas reçue depuis un bon moment.
Depuis Bouysse (à la belle époque), Varennes, et autres Dewdney, pour être précis, et pour ne te parler que des frenchies.
Même si on est pas dans le même registre.
Une société, à l’écart de tout, dont toi non plus t’as jamais entendu vraiment parler. Comme moi, t’as juste imaginé comment ils vivent au fond du lointain Ouest sauvage.
Tu vas descendre dans les ténèbres.
Rencontrer le Diable, celui qui se cache parmi nous.
Tu verras des personnages que tu n'aurais pas pu imaginer, c’est pour ça qu’Alex Taylor te les présente, comme Daryl, l’homme aux moignons, qui fait trôner un bouc dans son bar.
Le bouc, tu vois l’allusion ?
Et puis y a le routier, en costard.
Lui, tu lui donneras le Bon Dieu sans confession.
Normal.
Pas besoin d’en dire plus.
Un dernier point, important, et pour que t’oublis pas.
Spéciale dédicace à Anatole Pons. C’est un grand traducteur.
Va le chercher.
Vraiment.
Vas-y.
Pour le coup, tu vas pas regretter tes sous.
C’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.
Créée
le 22 janv. 2026
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le 14 oct. 2016
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