Je suis amoureux de ces descriptions pleines de mouvements, de vie, d'émotions. On les reçoit comme des bouffées sensorielles gorgées d'images, de bruits, d'odeurs. Ça donne la sensation d'être un esprit flottant qui papillonne entre des personnages qu'on a parfois du mal à distinguer, mais on capte au vol les impressions d'une époque, d'un milieu, et entre deux phrases inachevées, l'autrice a la malice de nous livrer les flots de pensées intérieures, les non-dits des intervenants pour donner de la profondeur et du sens à des tableaux qui restent malgré tout assez flous. Ces contours insaisissables font le charme du livre, il laisse une certaine liberté à l'imagination mais pour être franc, je me suis parfois senti perdu et frustré. J'aurais aimé avoir plus de repères auxquels me raccrocher.
L'histoire de ce livre est difficile à résumer mais pour faire simple, on suit le destin d'une famille riche et nombreuse qui habitait une grande maison londonienne de 1880 à 1937. Chaque nouveau chapitre est l'occasion d'un saut dans le temps et on voit au fil des années une génération s'effacer pour laisser plus de lumière à la suivante. On observe aussi en toile de fond le passage d'une société victorienne, très soucieuse des bonnes manières à une société plus moderne et libre, submergée d'innovations techniques, métro, téléphone, voiture... Je trouve qu'on ressent ce mélange des deux mondes dans le style de Virginia, à la fois ultra attentive à la manière dont les choses sont dites et vécues, mais libérée des codes.
Pour faire bref, c'était une lecture agréable mais je n'ai pas ressenti de connexions puissantes avec les personnages.