Voilà, c'en est terminé de la tétralogie de Pierre Lemaitre consacrée à l'époque des Trente glorieuses. On n'ose dire qu'il était temps, eu égard au plaisir pris dans les volumes précédents et encore dans celui-ci, mais de façon plus parcimonieuse, car la saga s'essouffle quand même un tantinet au fil des pages. Le bonheur de retrouver la famille Pelletier et ses singuliers personnages n'est pas contestable, mais Les belles promesses s'avère être le plus faible des quatre romans, peut-être parce que tout a déjà été dit sur les principaux personnages, à une ou deux exceptions près, et que les péripéties s'enchaînent cette fois-ci d'une manière un peu moins fluide. Le couple infernal formé par Jean et Geneviève domine les débats et cette dernière correspond vraiment à l'image de celle que l'on aime détester. Plus méchante, tu meurs ! Les autres protagonistes ont du mal à exister dans son ombre encombrante, mais Thérèse, sa sœur antithèse, y parvient toutefois, objet incongru de la libido du jeune fils Pelletier. On aimera retrouver ce dernier dans la future série de Lemaitre, de même que sa sœur, au profil énigmatique et attachant. Comme d'habitude, l'auteur s'emploie à décrire la société française, celle du début des années 60, marquée notamment par les grands travaux (le périphérique parisien), la politique rurale (le remembrement) et les derniers soubresauts de la colonisation (Algérie). Ces épisodes constituent une toile de fond, mais l'on sent bien que le romancier s'y intéresse moins qu'à l'accoutumée, si ce n'est pour pourfendre le goût des plus puissants à l'enrichissement, sous couvert de progrès, en écrasant les plus démunis. On a peut-être tort de bouder un peu, mais il est vrai que les premières fournées de ce feuilleton de l'après-guerre nous a rendus exigeants et que ce dernier tome n'est pas aussi captivant que les autres, en attendant la suite, que l'on s'empressera de lire évidemment dès sa parution.