Aussitôt que le Chef des Écuries, le Maitre des chevaux se hissa droit hors de son lit, il redevint Grand, imposant sa loi à tous. De son employeur à son saïs*. A son fils, dévoré par son orgueil et le sien. Ouroz le prénommer va entraîner dans son sillage, son sillon tragique, le bon Mokkhi, et la putain nomade Zéré. Son retour du bouzbachi, le sport national des cavaliers afghans va l' emporter loin dans sa douloureuse épopée. Au delà du Mal.
La beauté à couper le souffle des paysages traversés contraste avec la rudesse de la vie des habitants aux contrées les plus reculées. La haine qui se noue au creux des reins, au dessous des cœurs, a pour enjeu le cheval, Jéhol, bucéphale de notre héros. Le plus humain des personnages animales de la littérature .


Kessel eut cette Joie de rencontrer en Afghanistan une simplicité des Hommes qui lui inspira cette chanson de geste sans exploit. Il a pu y exhaler en un style nerveux, mystique, éblouissant et pur tout ce lyrisme en lui qui pourrissait, s'accordant mal avec la vie confortable de la société occidentale des Trente Glorieuses**. Sa passion à raconter, décrire, fouiller les tréfonds d'Ouroz et son équipage nous harasse et nous fouette, comme Jehol.


Epuisé, malheureux nous sommes, bien qu'il nous infligea une trop grande longueur nous pauvres petits lecteurs, quand le terme du voyage il nous conte. Splendide apaisement de celui qui a brûlé tout ce qui le rongeait depuis des années, et trouve enfin la paix. Le sens de ses actes. Sa place parmi les Hommes? Non sans rebondissements dignes de révélations divines, eros, thanatos et rédemption, qui nous hanteront longtemps.


On sort de ce livre démangé d'envie de monter à cheval, partir découvrir l' Afghanistan, trouver en sa vie le chemin qui nous mènera à notre place parmi les Hommes, enfin.


*serviteur
**rappelons que le livre fut publié en 1967, avant que le pays ne tombe dans l' abîme où il reste en partie plongé encore aujourd’hui ...

PhyleasFogg
10
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le 22 oct. 2017

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