Je suis addict depuis le 1er tome, où le destin des femmes dans le monde néanderthalien est assez glauque (et ça reste le cas trop souvent sur la planète). Le début du second m'a fait l'effet d'un stupide récit pour ados en rut, mais après la rencontre de Ayla et Jondalar leur découverte l'un de l'autre est fascinante, dans leur isolement total. Leur malentendu m'a exaspérée, chacun se croyant rejeté par l'autre, en dépit de l'évidence de leur attraction. Ils se sont expliqués, enfin, et on a du mal à croire à tant d'analyse des émotions, ressentis, surtout que la barrière du langage a été trop vite levée. Mais donc, le même malentendu, exactement, n'aurait pas dû arriver dans le 3ème tome. Il fallait mettre un obstacle à leur couple pour créer de la tension ? Vu tout ce qu'il se passe autour ce n'était vraiment pas nécessaire. Avisés par leur méprise passée, ils auraient dû solutionner leurs interrogations par une bonne discussion. C'est d'autant peu crédible que, d'accord Jondalar traine beaucoup de culpabilité inhibante, mais Ayla a dû tant développer ses facultés d'adaptation qu'elle assimile plusieurs langues en plus de celle des signes, et communique même avec les animaux... Elle est guérisseuse et comprend les troubles mentaux et physiques de tous…. Et là, incapable de déchiffrer le problème de Jondalar, et le sien ? Bien sûr, le psy est souvent le plus aveugle à ses propres troubles.
Un final très Hollywoodien, il part, elle comprend enfin ses sentiments, lui court après pour déclarer sa flamme et il avoue la sienne : nouvelle scène de sexe torride -je n’ai rien contre, ce n’est pas là-dessus que l’auteur me déçoit. Mais je crains le pire pour la suite si les mêmes ressorts resservent dans cette saga.
Et Ayla est tellement adulée que personne ne lui en veut de décevoir les attentes de chacun ? (elle aurait pu être Femme Qui Ordonne, avoir 3 hommes amoureux transis, approfondir des amitiés, compléter sa formation de guérisseuse, fonder de nouveaux modes agraires et pastoraux…) Non, dans cette société, les femmes sont respectées dans leurs choix et non tenues de se plier aux désirs de chacun.
Comme dans tout roman d’apprentissage, si l’héroïne avait eu un sort stable au début, elle serait restée dans son milieu, et n’aurait probablement pas connu une telle évolution pour surmonter les obstacles à sa destinée : elle devient une quasi déesse et est assez lucide pour refuser ce rôle qu’on lui impose. D’où le départ.
Mais, tant de potentiels laissés en plan, par la narration, pour déplacer à nouveau l’action, repartir à la conquête d’espaces infinis, pour rejoindre une autre culture (dans notre actuelle France en Dordogne !).
Ce qui m’attache au récit : les immenses paysages infinis, sauvages, inhospitaliers, mais qui nous donnent la nostalgie d’un monde brut, encore peu envahi par les humains, d’une beauté inimaginable (cette muraille de glaciation, les animaux foisonnants, la nature exubérante…La chasse au Mammouth semble si maitrisée…).
La vie dans les communautés décrites parait trop moderne par beaucoup de côtés, mais plausible car les hommes ont eu les mêmes défauts et qualités depuis la nuit des temps. Ce racisme envers les néanderthaliens semble hautement probable, puisque ces attitudes perdurent depuis que certains être se sont crus supérieurs à d’autres. Dans ce tome j’ai le plus apprécié la façon dont Ayla arrive à faire tomber les préjugés (pas pour tous) et l’analyse philosophique du sage « il y a tant de ressemblances qui les inquiètent, qu’ils ne vont que pointer les différences ».