La Cachoubie, avec la ville de Gdansk, évoque des luttes qui n'ont pas droit de citer dans Les cœurs endurcis de Martyna Bunda, puisque le livre de la romancière, s'il se déroule dans cette région, couvre le second tiers du XXe siècle. Les hommes n'y ont pas non plus une grande place, se révélant la plupart du temps velléitaires, menteurs et irresponsables. Le livre s'intéresse en priorité à une mère et à ses trois filles, tout au long de leurs existences, marquées par des liens très forts entre elles, même avec des tensions temporaires dues à des caractères dissemblables. Le temps passe vite dans Les cœurs endurcis qui respecte peu ou prou une chronologie linéaire nonobstant un découpage en 4 parties (correspondant aux saisons) et en chapitres courts qui portent en titre, alternativement, les prénoms des 4 héroïnes. Sans insister outre mesure sur l'actualité politique et économique de l'époque, le livre en décrit cependant les conséquences car les temps sont durs pour ces femmes qui, malgré les mariages et les naissances, font preuve d'indépendance et de courage, s'entraidant lorsque cela est nécessaire. Peut-être un peu dénué d'émotions, quoique, entre les lignes, l'ouvrage se caractérise par un mélange plutôt réussi entre tragédie et comédie avec même quelques passages très cocasses qui rappellent les films de Kusturica. Cette chronique cachoube, très enlevée, où les animaux ont aussi leur importance, poules et cochons notamment, est de celles qui donnent envie de retrouver à nouveau son auteure, son deuxième roman étant paru en 2019, en Pologne.