Les dévoreurs de livres est une lecture lourde par son univers fantastique sombre et les émotions pesantes qu’elle nous fait ressentir. C’est une histoire qui nous met en colère, pour les bonnes raisons. Elle fait partie de celles qui marquent.
Bien que ce soit du fantastique, ce n’est pas un fantastique comme on pourrait le croire. Nous ne sommes pas du point de vue des humains auxquels il arrive des phénomènes étranges, qui sont amenés dans une aventure hors du commun, etc. Non, nous sommes du point de vue des créatures fantastiques de l’histoire : les mange-livres et les mange-esprits. Ce sont deux espèces humanoïdes qui ont une alimentation particulière. Pour les uns, ce sont des livres qu’ils mangent. Pour les autres, ce sont des esprits humains.
Il y a, alors, toute une dimension sur la littérature et la pensée. Il y a un côté très philosophique dans ce livre, côté qui n’est pas pour me déplaire. Elle n’est pas forcément explicite, bien plus implicite. Elle se glisse dans l’histoire. Chacun pourrait en avoir une interprétation différente.
C’est surtout une histoire avec un engagement féministe. Dans la façon de vivre des mange-livres, les femmes ne sont reconnues que par leur capacité de procréation. Une femme qui n’est pas fertile — ce qui est souvent le cas, si j’ai bien compris — aura plus de liberté qu’une femme qui l’est, mais elle sera tout en bas d’une quelconque considération. Si une femme est fertile, elle sera choyée et gâtée, mais ne devra vivre que pour cela. De plus, une femme doit enfanter, mais ne peut s’occuper de son enfant que pendant 3 ans. Les femmes sont essentielles pour protéger l’espèce, mais sont écartées de toute affaire.
On suivra une femme qui a décidé de remettre en question cette façon d’exister, cette manière de vivre. C’est une femme qui n’étouffera pas ses émotions. C’est une femme qui ne restera pas docile face aux ordres. On a du mal à la comprendre parce qu’on a du mal à comprendre son contexte, son univers. C’est un personnage qui se dévoile très doucement à nous et au reste des personnages aussi, en vérité. J’ai ressenti tant de colère et une injustice profonde pour ce qu’il se passe dans cette histoire.
Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé la construction de l’univers et de son personnage principal. J’ai aussi adoré la construction du récit qui alterne entre présent et passé. Plus je lis des récits à double temporalité, plus j’apprécie. Je n’aime toujours pas les voyages dans le temps, ceci dit, mais ça, c’est encore autre chose.
Néanmoins, il y a d’autres aspects qui m’ont beaucoup moins plu. Tout d’abord, il y a encore cette trame typique des one-shot avec une grosse lenteur sur les trois quarts de l’histoire pour concentrer l’action sur le dernier quart restant. Et si je commence à m’habituer, je n’en suis toujours pas friande. Ce n’est clairement pas ce que je préfère en termes de structure d’un livre et je trouve que c’est un peu dommage.
De plus, les autres personnages ont un peu moins de consistance. On n’est pas réellement confronté aux émotions de son fils, de Hester ou encore de son frère. Ils ont leurs moments forts dans lesquels ils s’expriment vraiment, mais ils sont passés sous silence pendant tout le reste du livre. Nous voyons que le problème ne date pas d’aujourd’hui et qu’il y a déjà des femmes qui se sont rebellées, mais on n’en parle que très succinctement. En fait, il y a beaucoup de choses dans cette histoire qui n’ont pas le temps ni la place d’être plus développées et je trouve que c’est dommage.