Bret Easton Ellis nous entraîne dans un univers qui pourrait paraître au premier abord vain, superficiel et inintéressant. Il y a certes le début des années 80 à Los Angeles, décrites en d'innombrables détails qui les rendent vivantes et fascinantes - d'autant plus pour quelqu'un qui ne les a pas connues - mais, malgré tout, l'impression de naviguer au coeur d'une série américaine creuse et sans profondeur.
Pourtant, il se dégage derrière, au-delà de cette histoire de meurtres et de disparitions mystérieux, au-delà de la paranoïa ambiante et des relations secrètes, de la vérité toujours immergée, dissimulée derrière des masques sociaux que portent tous les personnages, au-delà de tout ça, il y a avant tout une essence profondément nostalgique, d'un écrivain approchant de la soixantaine qui revient sur sa jeunesse, sur ce moment dans le temps encapsulé dans son esprit comme une espèce de rêve, de fantasme. C'est ce qui rend certaines pages, certains chapitres, et la boucle que forme ce livre si fascinants. C'est donc pour moi un livre avant tout destiné aux amateurs de l'auteur, à ceux qui ont lu Moins que zéro adolescents, à ceux qui ont en quelque sorte grandi avec Bret Easton Ellis dans un coin de leur tête, pour que puisse jaillir avec d'autant plus de force ces éclats énigmatiques, impalpables.
Tous ses livres vous attirent et vous révulsent, Bret Easton Ellis jongle parfaitement entre ces sentiments contraires : le désir et l'interdit, la douceur et la violence, le rêve et le réel... Et sans dire que ce livre en est l'apothéose, il en est en tout cas la figure la plus intime, la plus personnelle, et donc d'une certaine manière la plus touchante.