Figure phare du cinéma américain de la première moitié des années 2010, et peut-être le cinéaste en construction qui m'a le plus touché sur cette période, Jeff Nichols avait disparu des radars. Il revient aujourd'hui et continue de dépeindre l'Amérique qui le fascine le plus : celle des marginaux, des mains, du sang et de la sueur.
Les années 60, la guerre au Vietnam, la télévision, et au milieu, des types trop fêlés pour vivre une existence normale. Plutôt que de devenir des loups solitaires, ils se retrouvent au sein d'un club de motards et alors, des mecs qui ne suivaient aucune règle et ne partageaient rien avec personne, se mettent à découvrir la fraternité, le sens de l'honneur. Leur leader, Johnny, définit le club à son image : il y a la volonté de s'inscrire en dehors de la société, mais avec une idée positive, une quête de liberté. Ce n'est pas la violence qui l'anime, juste un état d'esprit.
Cet esprit se perd au cours du film, la violence finit par gangréner le club de l'intérieur et on assiste, impuissants, à la fin d'un rêve, d'un idéal, que les deux personnages principaux vont incarner chacun d'une manière différente. Au-delà d'être un film sur la fraternité, sur la liberté, c'est inévitablement aussi un film sur la nostalgie, d'une époque révolue. Sur ce point il ressemble étrangement à Mud, dans lequel Matthew McConaughey s'accrochait à un idéal avant d'abandonner. On sent l'obsession de Jeff Nichols pour ces personnages radicaux, profondément sincères et incapables d'accepter la mort de leur idée.