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51 critiques
À contre-courant...
Je vais aller à contre-courant des critiques essentiellement élogieuses envers ce roman, mais j'ai vu que je n'étais pas seule...Déjà, la présentation du livre en 4ème de couverture me pose un...
le 26 nov. 2025
John Boyne avait emporté l'adhésion de ses lecteurs avec Les fureurs invisibles du coeur, un livre sur lequel j'avais quelques réserves, même si l'ensemble n'était effectivement pas mal du tout. Ici on est sur un niveau supérieur, une oeuvre plus aboutie.
Sortie apparemment en quatre volumes au Royaume-Uni, l'édition française la propose réunie en un unique volume. Choix pertinent, tant les parties se répondent, en plus du fait qu'elles proposent des personnages récurrents.
Le sujet principal de ce roman, ce sont les abus sexuels. John Boyne écrit un livre tout à fait dans l'air du temps. On peut craindre qu'un tel sujet occupant un si gros volume ne se révèle plutôt plombant, mais l'auteur a su construire son récit au-delà de la simple démonstration.
L'usage des éléments constituant chaque partie n'est pas pensé comme une simple afféterie littéraire. Chaque élément est à la fois à prendre au premier degré, et pour ses significations symboliques. Dans la première partie, l'eau est cette mer que l'épouse d'un criminel met entre sa soudaine et malvenue notoriété et elle-même. Ceignant d'un rempart liquide l'île au large de l'Irlande où elle a trouvé refuge, elle est à la fois élément protecteur et phénomène dangereux. C'est l'histoire de la recherche d'un apaisement face à une existence qui part à vau-l'eau.
La terre du deuxième volet est celle de la ferme, une terre nourricière dans laquelle on cherche à se fondre. C'est aussi celle du terrain de foot, une terre stérile et exposée. Opposée en ce sens à la première, où l'on pouvait chercher à disparaître. Le footballeur au centre du récit, tel Antée, tire sa force de la terre, mais en plein centre de Londres, il est bien loin de son élément. Ses rêves vont s'effacer face à des besoins bien terre à terre.
La troisème partie, centrée sur le feu, est effectivement la plus incandescente. Le feu y est force destructrice avant tout, après tout la narratrice est médecin spécialiste des grands brûlés, mais il peut être aussi l'élément purificateur, ou du moins pensé comme tel. Seulement, qu'on ne s'y laisse pas prendre, on pourrait bien y brûler ses ailes. Le personnage principal est absolument monstrueux, même si on sait ce qui a bien pu consumer ainsi sa vie. Comme le dit l'un des personnages, on peut toujours choisir de briser la spirale.
La dernière partie, centrée sur l'air, est effectivement la plus légère. Il est temps de panser les plaies, et des personnages abîmés par la vie, qu'on a pu croiser dans les récits antérieurs, pourraient enfin trouver une sorte de paix. Une paix vigilante malgré tout, car reste l'expérience que le monde est un endroit plein de gens qui pourraient nous blesser, ou blesser nos enfants. Lors d'un voyage en avion, un père essaie de renouer une relation saine avec son fils adolescent. Et lui-même essaie de rebondir, de reprendre son essor.
En revenant sur les lieux de la première histoire, la dernière partie ne fait pas que boucler la boucle. Elle replace l'espoir au centre des préoccupations, et montre que toutes les blessures peuvent être pansées. Opposant à nouveau la vie presque archaïque de l'île à celle des villes modernes, John Boyne ne tranche pas tout à fait, mais démontre l'importance de lieux où l'on peut se retrouver face à soi-même.
Que c'est en soi, finalement, qu'il faut trouver la force de vivre. Sans pour autant sombrer dans l'excès inverse, et chercher à tout prix l'isolement.
L'enfer, ce n'est pas forcément les autres.
Dans toute sa noirceur, et avec toutes ces histoires d'agressions sexuelles, Les éléments s'avère ainsi un livre, sinon humaniste, du moins très humain.
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Créée
le 8 févr. 2026
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5
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