Il y a un film que j'adore, c'est Don't Worry Darling d'Olivia Wilde, avec l'incroyable Florence Pugh, et à chaque fois que je le regarde, il me fait penser au roman Les Femmes de Stepford d'Ira Levin. Bien qu'il ne soit structurellement pas une adaptation directe, il me paraît dans son fond de réflexion beaucoup plus fidèle que les vraies adaptations du roman. En tout cas, j'ai ressenti le même effroi.
Publié en 1972, Les Femmes de Stepford s'inscrit dans une période où les mouvements féministes sont en pleine expansion, bousculant les idées reçues sur la place des femmes dans la société. On suit Joanna Eberhart, une femme indépendante qui emménage avec sa famille dans la petite ville de Stepford. Tout y paraît parfait, mais les femmes semblent figées dans le rôle de la femme au foyer modèle : soumises, ultra-maniaques et dévouées à leurs maris. Mais derrière ce tableau idyllique se cache un malaise insidieux…
Le contexte des années 70 est crucial pour saisir la portée de ce roman. Levin l'écrit à une époque où la deuxième vague féministe remet tout sur la table, chamboule les attentes patriarcales et secoue les conventions sur ce qu'une femme "doit" être. Et pourtant, à Stepford, ce rêve d'émancipation est anéanti par un complot sinistre : que je ne spoilerais pas.
C'est précisément cette ambiance de contrôle subtil qui trouve un écho dans Don't Worry Darling. Dans les deux oeuvres, l'idée est la même : on nous peint une utopie masculine où les femmes ne sont là que pour combler les moindres désirs de leurs maris. Tout doit être parfait… mais à quel prix ?
Ce qui m'a toujours frappé dans Les Femmes de Stepford, c'est cette manière sournoise qu'a la société de nous vendre cette soumission sous des dehors charmants, voire enviables. Joanna, comme Alice dans Don't Worry Darling, est cernée par des gens qui acceptent cette mascarade sans sourciller. L'horreur ne vient pas seulement du secret que cache Stepford, mais du fait que cette soumission est perçue comme quelque chose de "normal", comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes.
Levin balance une critique sociale qui fait froid dans le dos, à la limite de l'horreur psychologique et qui reste, même aujourd'hui, d'une actualité effarante. À une époque où les femmes se battent pour leur reconnaissance, Les Femmes de Stepford nous rappelle à quel point cette lutte peut être étouffée par des forces qui cherchent à maintenir le statu quo. Et c'est cette même terreur que j'ai retrouvée dans Don't Worry Darling, qui transpose intelligemment ces thèmes dans un contexte plus moderne, mais tout aussi terrifiant.
En fin de compte, deux oeuvres, un même message glaçant.