Après le coup de poing qu'a été Crime et Châtiment, j'ai décidé de m'attaquer au monument de l'oeuvre de Dostoeivski, son dernier roman, l'un des incontournables de la littérature internationale.


Je ne me lancerai pas dans une interminable analyse du roman, celui-ci est extrêmement riche et possède une multitude de niveaux de lectures à tel point que l'on pourrait écrire de multiples thèses à son sujet. Pour cette critique, je ne ferai part que de mon ressenti, subjectif, de lecteur.


Et je dois avouer que ce roman est beaucoup plus hermétique que Crime et Châtiment. La raison est simple, mais il m'a fallu beaucoup de temps pour m'y faire : il ne s'agit pas d'une intrigue narrative classique. Le roman nous propose un panorama de personnages différentes, sensés représenter les multiples facettes de la Russie dans son entrée dans la seconde moitié du XIXe siècle. Il faut donc prendre le livre comme un essai philosophique et religieux romancé, plus que comme un roman d'apprentissage ou d'enquête, comme la quatrième de couverture nous laisse le penser.


Dostoeivski puise au plus profond de l'âme humaine et des valeurs qui gravitent autour de la société occidentale et nous propose, après trois premiers quarts passionnants mais parfois éprouvants, un quatrième quart sous forme de synthèse, de bilan, et de liste de recommandations envers la jeunesse et les parents qui la modèlent qui m'a tout simplement bluffé. Je ne m'attendais pas à être aussi touché par la fin du roman, à laquelle je pense encore tous les jours, un mois après avoir refermé le livre. On comprend alors pourquoi Les Frères Karamazov prend toute son ampleur dans sa boulimie et sa surenchère, il est la marque du drame russe et de ce sentiment de "fatalité", de "déterminisme" contre lequel les personnages se battent, en vain. Ils sont ce qu'ils sont. Seulement, ce "déterminisme" est remis en question par Dostoeiveski dans le dernier quart et celui-ci nous propose un nouveau niveau de lecture et un élèvement au delà de la simple anecdote, pour s'adresser au peuple russe tout entier, et par conséquent son discours est adaptable à toute la civilisation occidentale.


En somme, j'ai été perplexe jusqu'à la fin, déçu de nombreuses fois de ne pas retrouver les sensations et la satisfaction immédiate qu'a pu m'apporter Crime et Châtiment, mais sonné par une fin aussi juste, intelligente, et émouvante. Une pure oeuvre d'art.

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Créée

le 12 mars 2021

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Audric  Milesi

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