Un roman que tout le monde semble aimer profondément et avec lequel, pourtant, je suis restée sur le seuil.


Lisa Ridzén signe avec Les grues volent vers le sud un texte d’une immense délicatesse, porté ici par la voix douce et feutrée de Jeanne Cherhal dans cette version audio publiée chez Audiolib. Et je comprends sincèrement l’émotion qu’il suscite. Tout, dans ce roman, semble pensé pour toucher juste : la vieillesse qui grignote l’autonomie, les silences entre un père et son fils, les regrets qui remontent à mesure que le corps s’efface, et cette tendresse immense pour Sixten, le chien qui représente encore un lien vivant avec le monde.


Bo, quatre-vingt-neuf ans, vit seul dans le nord de la Suède tandis que son épouse, atteinte de démence, réside désormais en établissement spécialisé. Son quotidien se réduit aux passages des aides à domicile, aux appels de son ami Ture et à la présence rassurante de son chien. Lorsque son fils évoque l’idée de lui retirer l’animal, quelque chose vacille définitivement. À partir de là, le roman devient une lente traversée intérieure, faite de souvenirs, de non-dits et de petites humiliations liées au grand âge.


Et pourtant c’est là que je vais sans doute aller à contre-courant malgré la beauté indéniable du texte, je suis restée à distance. J’ai admiré l’écriture plus que je ne l’ai ressentie. Lisa Ridzén possède une sobriété remarquable : elle écrit les gestes minuscules, les corps fatigués, les habitudes du quotidien avec une infinie précision. Rien n’est forcé, jamais. Mais cette retenue constante a fini, pour moi, par créer une forme de voile émotionnel. Comme si quelque chose m’échappait toujours. Comme si je regardais Bo à travers une vitre légèrement embuée.


Je reconnais la finesse sociologique du regard notamment sur ces masculinités rurales incapables de verbaliser l’amour autrement que par des gestes maladroits et la construction du roman, nourrie de souvenirs fragmentés, est très maîtrisée. Mais je n’ai jamais réussi à m’attacher profondément aux personnages. Là où beaucoup ont été bouleversés, je suis restée dans une émotion plus intellectuelle qu’organique.


Cela n’enlève rien aux qualités du livre, ni à la très belle interprétation de Jeanne Cherhal, qui apporte une douceur mélancolique parfaitement accordée au texte. Les grues volent vers le sud est un roman pudique, sensible et profondément humain. Simplement, il m’a davantage laissé une impression d’admiration silencieuse qu’une véritable déflagration émotionnelle.


Amoineauenvol
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le 21 mai 2026

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