C'est une lecture qui décante peu à peu en moi, j'y ai trouvé du splendide comme du commun (à mon sens), c'est pourquoi ma lecture est mitigée, quoique violemment contrastée : j'ai beaucoup aimé la première partie, qui offre des tirades magnifiques sur l'âme "jumelle" et l'amour sans contingence qu'il en résulte. Ce n'est pas une histoire d'amour, ce n'est pas une histoire de désir, c'est une histoire d'identification et d'arrachement douloureux, mortel, à la fusion de l'enfance, loin des conventions. Deux enfants sauvages et intermêlés l'un avec l'autre, puis une trahison, celle de Catherine, qui renonce, par convention sociale, à un amour "source de peu de plaisir" mais nécessaire. Le roman prend alors une tournure radicale et cruelle, autour de la vengeance, de la folie, et de la trahison envers l'autre et soi même : Catherine a des accès de démence liés à la perte de son âme authentique, au rejet d'une part d'elle-même au moment d'accepter la main d'Edgar. Heathcliff entreprend lui une méthodique vengeance, tout en étant hanté au propre comme au figuré par Catherine - part de lui-même -, déchiré entre la haine et le lien viscéral qu'ils entretiennent. Leur amour s'est forgé dans les landes, là où il pouvait faire fi des différences de classe, mais Catherine se "recivilise" au contact des Linton. Et la rupture est consommée. Plus qu'une rupture amoureuse, j'y ai vu la perte d'un paradis perdu, la fin d'une relation fusionnelle qui laisse les deux exsangues et coupables de folies. C'est un roman à la psychologie très atypique et provocatrice, loin des récits conventionnels habituels de cette époque. Il est extravagant de violence et de mesquinerie, mais somptueux par moment. Je n'ai malheureusement pas du tout accroché à la seconde partie du récit, où la deuxième génération Linton-Earnshaw-Heatcliff subissent les pots cassés de leurs darons. Ca m'a donc fait l'effet d'un soufflé qui s'effondre, et je suis trop triste de cette constatation ! Reproduire la violence des ancêtres sur la progéniture qui arrive, ça fait sens. Mais ça m'a beaucoup moins intéressé. C'est pourtant (dans les analyses que j'ai lu) très politique, et j'aurai aimé être prise par cet arc narratif. Cette deuxième partie fait la grande originalité de l'œuvre, puisque le tragique de cette relation empoisonnée perdure après la mort de la principale intéressée, mais les protagonistes restants n'étaient pas aussi fins psychologiquement à mon sens, et n'étaient que les faire valoir pâlots de l'histoire originelle entre Catherine et Heatcliff.