Lorsque que je commence à ouvrir cet œuvre, j’ai comme la fâcheuse impression d’ouvrir la boîte de Pandore.
Le procès d’Eichmann a Jérusalem en 1961 est un moment d’anthologie, un moment d’histoire, d’humanité et de tragédie.
À l’instar d’Hannah Arendt et comme les journalistes du monde entier, Joseph Kessel assiste au procès. Il écrira alors ce cours texte, ce texte poignant, terrible qui se contentera de décrire ce que ses yeux n’auraient jamais voulu voir, ce que ses oreilles n’auraient jamais voulu entendre.
15 ans après la fin de la guerre, Eichmann est retrouvé en Argentine sous une nouvelle identité. Il sera emmené de force et jugée en terre-sainte, terre du peuple dont il a passé des années à vouloir les radier de la face du monde.
Lorsque le lecteur se retrouve confronté, en même temps que le narrateur, face à l’accusé, alors la peur nous envahit. C’est là la toute puissance de cet œuvre.
L’inhumain réduit en un simple accusé apeuré qui va tenter de défendre l’indéfendable, tenter vainement de sauver sa vie.
Mais Eichmann n’est pas un homme comme les autres. Il va vous surprendre, vous poussez, vous le lecteur, dans les tréfonds de vos valeurs.
C’est vous oui, vous qui lisez ces lignes, qui allez vous questionner, vous faire peur, essayer de retenir vos pulsations, votre fascination perverse pour ce simple homme qui a commis des crimes si graves que votre capacité de réflexion en est atrophiée.
Ceci n’est pas une fiction, c’est bel est bien un point noir dans l’histoire de l’humanité
Mais comment va-t-il faire ? Comment peut-il être si calme, si sûr de lui ? Et pourquoi le lecteur semble éprouver de la compassion à son égard ?
Un livre fulgurant, paralysant, écrit dans l’apothéose de la langue par les descriptions aussi glaçantes que remarquables de Joseph Kessel.
Un livre qui, comme une douloureuse piqûre de rappel, vous renvoie sans anesthésie dans le moment le plus sombre de l’histoire des Hommes.
À lire et à relire, si vous en êtes capable.