"Les larmes interdites", c'est le témoignage de Navy Soth qui raconte son enfance au Cambodge et sa traversée du cauchemar Khmer dans les camps de travail. Lorsque les Khmers rouges s'emparent de Phnom Penh et évacuent la ville de ses deux millions et demi d'habitants la nuit du 17 avril 1975 elle n'est âgée que de deux ans mais sa mémoire en a conservé des souvenirs d'une acuité troublante. Srey Mav, "la noiraude", comme la surnomment ses parents (les petits enfants portent des surnoms destinés à éloigner d'eux les mauvais esprits) va accompagner ses parents et ses cinq frères et sœurs dans une longue marche et un trajet en train vers une destination inconnue (qui nous rappelle tristement celui des déportés juifs pendant la Shoah). Ils tenteront de survivre de longs mois dans la jungle, pour ensuite être prisonniers d'un camp de "rééducation" du Peuple Nouveau, ces habitants des villes, commerçants, instituteurs, étudiants, intellectuels ou simples porteurs de lunettes que le régime veut éradiquer. Elle y restera quatre ans, jusqu'à ce que les Vietnamiens envahissent le Cambodge et repoussent les Khmers rouges.
La plume est tenue par Sophie Ansel, une journaliste qui interprète brillamment les souvenirs de la jeune Srey Mav, et nous donne à lire (contrairement à mes premiers a priori sur ce livre) un témoignage d'une écriture très agréable, aux mots bien choisis.
Le premier chapitre nous laisse immédiatement mesurer l'étendue de l'horreur vécue par le peuple cambodgien, en racontant un meurtre observé par une petite fille contrainte d'oublier son ingénuité brutalement et pour toujours.
Certains passages m'ont beaucoup touchée, comme celui où la petite découvre cinq bébés souris et décide de les adopter et les choyer en cachette, se trouvant des amis en même temps que la responsabilité de faire survivre une famille à elle, imitant son papa tant admiré qui se sacrifie pour la survie des siens.
Le livre est truffé d'anecdotes enfantines comme celles-ci, qui constituent une réelle respiration dans le quotidien horrifiant de la petite, et nous fait vivre les événements à travers les yeux d'une enfant intelligente, lucide et extrêmement vaillante.
Cette histoire personnelle, témoin de la grande, nous dégoute de l'âme humaine, capable d'imaginer les pires cruautés, et nous réconcilie à la fois avec elle, en nous montrant la résistance silencieuse, la solidarité et le courage de cette famille normale et exemplaire, qui tient bon malgré des déchirures dont on ne se relève d'ordinaire pas.
Je recommande vivement ce livre aux personnes intéressées par le sujet, qui ne redoutent ni ne banalisent la souffrance.
Isla
9
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le 8 août 2011

Critique lue 280 fois

Isla

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