Retour en Amérique pour Eric Vuillard qui, après s’être attaqué à l’Histoire de France et de l’Europe, reprend le ferry pour étriller quelques figures emblématiques ou oubliées de l’oncle Sam. Désormais, il n’est plus question du massacre et du pillage des natives par l’homme blanc (l’indispensable Tristesse de la terre), mais de ces orphelins à qui la conquête de l’Ouest a tracé des destins de hors-la-loi et de maraudeurs. Il est question de Billy The Kid.
Toujours épris de lutte des classes, Vuillard fait logiquement de ce jeune bandit à l’avenir long comme un canon scié, un pauvre gamin condamné à vivre de larcins. Il le cajole, son Billy. Il soigne son portrait par le verbe. L’auteur ne se refait pas : les laissés pour compte, même délinquants sur les bords, reçoivent toute sa clémence. Là est la limite de Les orphelins, et par extension du positionnement moral d’Eric Vuillard : à trop vouloir défendre la veuve et l’orphelin, il épargne le petit criminel.
Sans surprise, l’écrivain décharge sa haine sur les employeurs du petit Billy. Des riches propriétaires terriens et des fournisseurs de viande. Des voleurs en col blanc faisant la pluie et le beau temps sur l’Ouest depuis le fond de leur Chesterfield. Il leur refait le portrait à ceux-là, les mots comme des cartouches de chevrotines. La plume d’Eric Vuillard est partie prenante : sa détestation sans équivoque des vilenies se drapant dans la soie blanche de ceux qui ont déjà tout est sa marque de fabrique. Mais il en oublie presque ici son récit qui, tel un virevoltant, s’égare dans la chronologie des événements et sa riche galerie de personnages. Au point de m’en avoir fait parfois perdre le nord.
Le paysage tracé par Les orphelins est donc celui des États-Unis des origines et de son économie de marché sauvage. Cependant, le portrait qu’il fait de ce Billy n’est pas sans évoquer ces jeunes français sans boussole qui se muent aujourd’hui en gunslinger pour la DZ Mafia. Autre époque, autre continent, même phénomène. C’est aussi ça, le petit secret d’Eric Vuillard : dégainer sa leçon d’histoire au bon moment.
Lu en service presse, avant parution.