Dans son nouveau récit : "Les orphelins", je retrouve tout l'art D E.Vuillard
se saisir d'un sujet précis, historique, le triturer pour tenter d'exposer, d'éclaircir
simplement les ressorts de l'Histoire des Hommes, tout est lisible, concis en à peine 200 pages.
Et comment il appuie où ça fait mal, se glisse dans les coulisses, les "à peu près", les failles, les lézardes, les lacunes, les arrangements
bref tout ce qui est négligé, oublié dans les livres d'histoire.
Il maîtrise l'art du récit, qui mêle le réel et l'imaginaire à travers un personnage, Billy the kid, un célèbre hors-la-loi,
une figure figée dans les mythes fondateurs d'une grande nation, un vaste territoire, les Etats-Unis d'Amérique.
Tout le monde connaît la légende.
Moi, je me souviens du film : "Le gaucher" d'A.Penn (1958) avec le magnifique Paul Newman, qui incarne un Billy the kid
revisité par le cinéma américain, un western qui rompt avec les diktats hollywoodiens.
Pour mieux cerner cette figure de bandit auréolé, il faut évoquer cette fin du XIXè siècle et le grand nombre d'émigrés venus de tous les coins d'Europe,
débarquant à Ellis Island dans la baie de New-York, pour se construire une vie meilleure, un eldorado où tout est possible,
c'est la conquête de l'ouest, ce Far West, un vaste territoire tant convoité, une terre promise, un terroir vestige des premiers habitants, les Amérindiens,
dépossédés et massacrés.
En vrai, des plaines à perdre de vue, une terre aride, des poussières soulevées par les sabots des chevaux et les chariots des nouveaux conquérants,
un ciel bleu azur.
C'est dans ce décor à perte de vue, ocré par un soleil aveuglant qu'apparaît notre jeune Billy the Kid, dans un coin perdu où tout est permis.
On dit qu'il vole et tue pour survivre dans ce monde violent et impitoyable de chacun pour soi.
Mais on ne sait rien de lui, sa biographie n'existe pas, sa vie a été inventée, seule certitude, sa courte vie, 1859-1881.
Une lecture entre rage et mélancolie.