Les Robots
7.9
Les Robots

livre de Isaac Asimov (1950)

Oulà, elle va être compliquée celle-là...


Le syndrome de l'imposteur m'assaille de toutes parts, alors que je m'apprête à écrire ces lignes... Je ressens cette profonde sensation de malaise, que j'avais déjà éprouvée quand j'avais fait la critique de l'intégral de Spinoza. Ce malaise à base de "t'es qui toi, pauvre noob, pour oser médire d'un tel monument de la Culture (avec un grand C) Humaine?"


Bon, je serais plus complaisant ici, qu'avec Spinoza, car le présent ouvrage est largement plus abordable pour mon petit cerveau lent, mais l'inconfort que j'éprouve est sensiblement similaire.


Car oui, j'ai eu du mal avec ce livre.


Mais avant d'essayer de comprendre pourquoi, il convient en préambule, de lui rendre malgré tout les hommages qu'il mérite.

Déjà, il a été écrit et/ou publié en 1950 semble-t-il. Rien que cette simple donnée pose les bases du monument. Le type est un précurseur, un visionnaire, un avant-gardiste et, si j'osais le mot, je dirais même "un génie". Là dessus, aucune contestation de ma part.

On sent bien ce que la modernité lui doit, même aujourd'hui. J'ai envie de dire SURTOUT aujourd'hui, à l'heure où la robotique et l'explosion de l'IA rendent ces thématiques plus que jamais d'une actualité brulante.

Face à ce constat, je ne peux que chaudement recommander la lecture de l'ouvrage, ne serait-ce que par curiosité, pour l'émulsion intellectuelle qu'il charrie et pour son aspect fondateur (sans mauvais jeu de mot).

Certaines idées sont brillantes (je ne vais pas vous faire l'injure de vous présenter les 3 Lois de la Robotique, tant elles sont gravées désormais dans l'imaginaire collectif). Les petites enquêtes se montrent parfois (plus ou moins) ludiques. C'est bourré de questionnements sociaux passionnants (mais presque).


Donc pour "Les Robots d'Isaac Asimov est-il un bon livre?", la question elle est vite répondue comme disait l'autre. La réponse qui me vient spontanément, immédiatement, sincèrement, c'est un gros : "oui." Sans contestation possible....


Cependant


A la question "Les Robots d'Isaac Asimov est-il un livre dont tu as apprécié la lecture?", bin, je confesse que je suis déjà beaucoup plus mitigé. La c'est un bon gros "Meh..." des familles qui ressort.


Déjà, quand on prend plus de plaisir à lire la préface d'un livre (toute l'histoire sur la genèse de Frankeinstein et sur ses implications socilogico-philosophiques) que son contenu proprement dit, c'est qu'il y a un petit souci quelque part.

Ensuite, le livre se présente sous la forme d'un petit recueil de "nouvelles" mettant chacune en scène un "problème" lié à un (ou plusieurs) robots, toujours avec en toile de fond une interrogation sur les implications potentielles des 3 Lois. A chaque fois, il s'agit de comprendre comment et pourquoi tel robot n'agit pas comme on s'attendrait à ce qu'il agisse. On réfléchit, on trouve la solution et clap de fin, passons au suivant. Alors oui, c'est intéressant, ça permet plein de petites enquêtes plus ou moins ludiques avec des résolutions plus ou moins malines. Mais bon, on est très loin de la fresque grandiose que je m'imaginais a priori. J'avoue qu'en prenant ce livre, je ne m'attendais pas à suivre le journal intime d'un technicien d'une plateforme de support informatique qui raconte comment il a réussi à débuguer le dernier logiciel de traitement de texte.

Sans compter que j'ai pas adhéré du tout au style. C'est hyper désagréable à lire je trouve, il n'y a aucun effort d'immersion, les descriptions sont d'un minimalisme que même moi, je trouve un peu trop outrageux.

Quant aux personnages, n'en parlons pas. Ce ne sont que des stéréotypes, sans aucune psychologie ni aucun travail de caractérisation. Juste des êtres "fonctions" là, qui pour subir un désagrément, qui pour présenter des informations, qui pour résoudre le problème. On dirait presque.... des... des "robots" en fait (tiens tiens tiens...)

Bref, il y a très peu de décorum, très peu d'effort sur les protagonistes, très peu de contextualisation... Tout est misé strictement sur le jeu que constitue le fait pour l'auteur de jongler avec ses fameuses 3 Lois. C'est un peu dommage vu de ma fenêtre.

De plus, même au niveau de l'écriture, on sent clairement que c'est rédigé par un premier de la classe (tu sais, le petit intello à lunette, qui se faisait tout le temps malmené par les grosses brutes pendant la récré, mais que t'étais bien trop lâche pour aller le protéger, alors tu te contentais de regarder en remerciant le ciel que ce soit lui et pas toi...). Vraiment, ça transpire par tous les pores, ne serait-ce que dans les dialogues ("Vil malandrin! Tu es en train de confondre une transition de phase du second ordre dans un condensat de Bose-Einstein avec une isomérisation photochimique par croisement intersystème! Cela dépasse l'entendement!"). Alors oui, la "Hard-Science" c'est une plu-value, ok, mais parfois, bon, hein, siouplait....

Et puis même, pour entrer plus dans le fond du récit, j'ai trouvé que parfois certaines astuces étaient ultra faciles et téléphonées, voire carrément WTF/20. Des exemples? Bon, prenons le chapitre avec le robot qui se la joue coach de vie et qui raconte plus de bobards à la minute qu'un politicien en campagne... On pose là un robot télépathe qui lit dans les pensées. C'est vachement pratique parce que, comme ça, on peut expliquer que le robot ment, car connaissant la psyché de son interlocuteur, il sait que lui dire la vérité sur tel point va le blesser, or un robot ne peut blesser un humain en vertu de la 1ère Loi, donc il va mentir et... Attends... wait a minute!! Un robot qui QUOI?!!!!! Qui lit dans les pensées?!!! Mais c'est un truc de ouf ça!!! Et ça sort d'où? Et bien, sauf si j'ai loupé quelque chose (ce qui est possible ; il m'est arrivé de piquer du nez parfois), TGCM ou plutôt TGCR ("ta gueule c'est robotique"). Et moi je trouve ça un peu facile en fait. Surtout dans le cadre d'une oeuvre qui par ailleurs se donne des airs de Hard-Science comme dit plus tôt. Dans le même genre, on a le chapitre avec les guss qui "meurent" mais ressuscitent ensuite après avoir bu l'apéro avec St Pierre (je ne suis même pas certain de grossir le trait ici, même si je confesse ne pas avoir tout compris à ce passage...).



Bref, nonobstant ces quelques réserves que je me permets de modestement poser là, je suis content d'avoir lu ce livre, car ça reste fécond, ludique et c'est une formidable "capsule temporelle" du rapport Homme/Machine, une très bonne "porte d'entrée" dans cet océan réflexif, qui de nos jours, devrait a minima intéresser tout un chacun.

Broutchlague
6
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le 23 juin 2026

Critique lue 17 fois

Broutchlague

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